Jeudi 4 février 2010 4 04 /02 /2010 17:57

Quand la neige recouvre la solitude du plateau jurassien d’une onduleuse nappe d’hermine et qu’il faut se tailler un chemin dans l’épaisse couverture moelleuse, alors il vaut mieux chausser les raquettes.

Après avoir avalé un copieux petit déjeuner, je prends la route en direction de la frontière suisse. Malgré la neige abondante qui est tombée ces derniers jours, je traverse le Sundgau sans encombre. Après avoir passé Winkel, je bifurque à gauche vers Lucelle. Arrivé en haut de la côte à 20 %, je m’arrête un court instant pour embrasser du regard les formes et les contours du paysage, enveloppés dans les draperies de la neige. Au premier plan le hameau de La Verrerie semble replié sur lui-même ; au fond, les Ordons (alt. 995 m) coiffés de leur émetteur TV.

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Arrivé à Lucelle, je gare ma voiture sur le parking de la Maison St Bernard. Après avoir mis mes chaussures ainsi que mes guêtres et avoir enfilé mon sac à dos sur lequel j’ai attaché mes raquettes, je me mets en route. Il est exactement 9h 50. La journée promet d’être belle.

Je longe le Relai de l’Abbaye, puis je traverse la frontière pour descendre jusqu’au déversoir de la Lucelle.

Je monte quelques marches pour accéder à la digue, puis je longe le lac. C’est une réserve naturelle sur laquelle veille la Fondation du Lac de Lucelle. En face, c’est le Ziegelkopf (alt. 748 m) avec à sa droite le Col du Noirval. Jusque là, la faible épaisseur de la neige ne justifie pas de chausser les raquettes.


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Arrivé au bout du lac, je prends le chemin forestier qui monte sur ma gauche en direction de Pleigne. Au début la neige n’est pas très profonde. De plus, d’autres marcheurs ont fait la trace. Mais plus je gagne de la hauteur, et plus la couche neigeuse s’épaissit.

A un détour du chemin, je profite d’une belle échappée sur le Jura alsacien. En contrebas, se trouve la Combe du Diable.


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Bientôt j’arrive dans une belle clairière dans laquelle se trouve une belle cabane en bois. C’est la Clairière des Geais (alt. 734 m). « Les Geais » est un sobriquet que l’on donne aux habitants du village de Pleigne. Un bel abri en rondins a été aménagé en lisière de forêt.


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Un panneau indique que cet abri a été réalisé par une classe de l’école des gardes forestiers de Lyss. L’abri et ses alentours ont nécessité plus de 800 heures de travail bénévole. Il a été inauguré le 15 août 2000. Merci à eux !

Les murs de la cabane sont garnis de nombreuses citations gravées sur des plaques en bois. Certaines d’entre-elles sont truculentes. Certaines sont même incisives.

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Je vous livre ci-contre l’une d’entre-elles qui me paraît être d’actualité.


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J’en profite pour faire une courte pause.

Puis je repars. Je chausse mes raquettes et m’élance à travers l’étendue blanche qui se déroule devant moi. La neige crisse sous mes pas. Arrivé au sommet de la côte, je profite de la belle vue sur la Plaine d’Alsace et les Vosges.


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Je monte jusqu’à la ferme de La Courtine (alt. 798 m). Les bâtiments engourdis de froid, ensevelis sous la neige, semblent somnoler. Tout est immobile et silencieux. Hommes et bêtes semblent être en hibernation. La fumée de la cheminée monte en tourbillons que le vent emporte.


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J’ai l’impression de traverser une campagne d’une morne solitude et d’étrangeté, une campagne d’une blancheur obsédante, hypnotique. La neige cristallise la lumière, diffuse une réverbération puissante et continue qui éblouit. 

Les clairs râclements d’une pelle à neige résonnent dans la cour de la ferme. 

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Me voilà à présent sur le plateau à près de 800 mètres d’altitude. Le soleil illumine généreusement le paysage. Je suis sur une centaine de mètres la petite route qui mène au village de Pleigne.

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A la hauteur des Champs du Chêne, je bifurque à droite, empruntant le sentier panoramique. Le chemin est caché par l’épais manteau blanc. Je traverse le plateau de Pleigne.


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Je longe une haie au bout de laquelle le sentier panoramique tourne à gauche. J’opte pour la droite. Je traverse les prés enneigés de La Morlatte. Je surplombe le bief de la Lucelle. En face, c’est La Joux l’Amour. Le paysage se déroule devant moi, impassible, immobile. J’ai l’impression que le temps s’est arrêté. Toute la nature semble noyée sous une chape minérale. Le ciel et la terre semblent rassemblés dans un même univers. Seuls les traits des arbres ressortent, comme tracés au fusain ou à l’encre de Chine, dans un camaïeu allant du noir au sépia, du charbon à l’ébène.


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Je longe le flanc sud du Truchet. J’avance dans la neige profonde, vierge de toute trace mis à part celles des animaux. Par endroits, le chemin est boursouflé de congères pareilles à des dunes. Ce sont autant d’obstacles qu’il me faut franchir. Malgré la neige accrochée aux branches des arbres, la forêt semble amaigrie et transparente. Sur l’autre versant, le hameau de La Grangeatte. Le paysage est empreint de sérénité.


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Je pénètre dans la forêt. Protégé du soleil par les arbres, la neige est lourde et épaisse. Je croise de nombreuses traces de bêtes. J’examine les empreintes et je tente de deviner l’humeur de l’animal au moment où il a laissé ses empreintes derrière lui. Etait-il en quête d’une maigre pitance ou cherchait-il à échapper à un prédateur ? 

Bientôt j’arrive au-dessus de la Côte de Mai. Un étroit sentier me conduit jusqu’au pied d’un rocher appelé « La Fille de Mai ». Il ressemble à une femme, d’où son nom. Les historiens prétendent que c’est un monument druidique. On peut voir une marche taillée dans la pierre. Peut-être pour y déposer des offrandes ?


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Je remonte jusqu’au chemin que je viens de quitter. Un peu plus loin, je trouve un banc qui invite à la pause. Mais la vue que l’on a de cet endroit sur Bourrignon et les Ordons, est partiellement cachée par la cime des arbres. Derrière moi, je constate que la clôture qui délimite la pâture a été ouverte. Elle donne accès au sommet du Truchet. Cela constitue un détour, mais cela doit valoir la peine. Ce n’était pas prévu au programme, mais la tentation est grande d’aller voir comment c’est au-dessus. Je décide donc de quitter mon chemin pour monter jusqu’au sommet du Truchet. La pente est raide et bien enneigée. Elle a été labourée par des sangliers. C’est impressionnant. En face, sur les flancs des Ordons, les alpages disputent les pentes aux forêts. A droite des Ordons, j’aperçois Les Plainbois, la ferme Bellevue et celle des Bruyères au-dessus de la combe du Cras de Vâ.

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Lorsque je parviens au sommet du Truchet (alt. 808 m), baigné de soleil, une intense émotion m’étreint. Je savoure cet instant comme une récompense. J’ai le sentiment que la nature s’est organisée pour m’offrir un spectacle qui me rend heureux d’être là. J’en profite pour m’accorder une courte pause. Des touffes d’herbe sortent çà et là. Je pose mon séant sur l’une d’entre-elles. Barres de céréales, chocolat et tisane sont au menu.

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Je me saoule de soleil puis je redescends.


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Je descends par la Combe Juré (alt. 751 m). Par endroits, la neige fond. J’écoute l’eau sourdre de la terre, coulant en minces filets qui se précipitent vers le bas. 


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Parvenu au pied de la combe, au lieu-dit Le Moulin, une clameur m’accueille. Je suis à l’aplomb d’un élevage d’huskies. Ils hurlent en m’apercevant, mais leurs aboiements n’ont rien d’agressif ; j’ai plutôt l’impression qu’ils manifestent une envie de venir avec moi. Ils aboient par émulation, chacun se disant « si les autres aboient je fais pareil ».

Je prends à droite pour descendre jusqu’au bord de la Lucelle. Arrivé à un petit pont en pierre qui enjambe la rivière, je décide de déchausser mes raquettes car la neige n’est plus très épaisse à cet endroit.


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Je longe la Lucelle.

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Tout au long de son lit, des blocs de neige s’accrochent aux souches, aux troncs et aux branches.


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Un peu plus loin, un petit sentier monte jusqu’au pied des falaises. 

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Je passe devant des grottes qui ont été creusées dans les falaises.

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Je redescends par un sentier en balcon qui me mène jusqu’au lac de Lucelle.


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Je décide de longer le lac par la rive opposée à celle de ce matin. J’emprunte donc la passerelle en bois de 180 mètres de long, qui traverse une roseraie et évite de longer la route.

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Des panneaux didactiques enseignent la flore et la faune du site.


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Il est 14 h 20 lorsque le regagne le parking de la Maison St Bernard de Lucelle.

Après avoir déposé mon sac à dos et retiré mon anorak, je tape mes pieds pour enlever la neige collée à mes chaussures, je secoue le bas de mon pantalon et cogne les raquettes l’une contre l’autre. Puis, je m’installe confortablement dans ma voiture et je prends la route du retour.

De retour chez moi, le ventre repu, je regarde les flammes danser dans l’âtre, lécher les bûches, et je repense à ces merveilleux moments passés dans l’ouate du plateau jurassien.

 

Par Les allumés du godillot - Publié dans : Marche et découvertes
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Samedi 16 janvier 2010 6 16 /01 /2010 23:08

Pour cette nouvelle randonnée en raquettes, je suis monté au Climont dans la vallée de la Bruche.


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Le Climont est un sommet du massif des Vosges situé au sud-ouest du massif du Champ du Feu. Il culmine à 965 mètres d'altitude. Il est reconnaissable de loin à sa forme trapézoïdale. Il offre un point de vue exceptionnel sur les diverses vallées qui l'entourent. Son nom qui vient de sa forme clivée, souligne les pentes abruptes pour accéder au sommet. Il servait jadis de balise aux voyageurs.


Le point de départ de cette randonnée se situe un peu en contrebas du hameau du Climont, à une altitude de 666 mètres. Un épais brouillard enveloppe tout.

Cette fois-ci je ne suis pas tout seul. Je suis escorté par un animal à quatre pattes répondant au nom de Téquila. Alors que je suis en train de m’équiper, la chienne s’impatiente. Elle me jette un regard l’air de dire : « Dis, tu m’emmènes avec toi ?... ». Son regard me transperce, me sonde. Elle remue la queue, saute, trépigne. Son excitation me gagne. C’est un chien sympathique, infatigable, un montagnard hors pair. Elle aime grimper. L’un de ses ancêtres devait être un chamois. Elle est fine, élancée et déborde d’énergie. C’est un Malinois que ses maîtres surnomment « Chaussettes » à cause de ses pattes qui sont blanches aux extrémités. Ce n’est pas un chien bagarreur. Son truc c’est courir dans la nature, les grands espaces. C’est pourquoi nous formons un parfait binôme. Ce n’est pas la première fois que nous partons ensemble.

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Nous voilà donc partis. Téquila s’élance sur ses pattes …et moi sur mes raquettes. Alors que nous approchons du pied de la montagne, le soleil caresse la crête. Nous avons de la chance. Il faut en profiter.

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Nous longeons le flanc sud du Climont en direction de la source de la Bruche. Nous suivons un large chemin forestier tout d’abord à niveau constant, puis légèrement descendant. C’est un terrain idéal pour le ski de fond. Nous passons sous de grands arbres qui s’élancent majestueusement vers le ciel.

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Puis nous bifurquons sur notre droite. Immédiatement, le chemin se redresse. Nous gagnons très vite de la hauteur. Je connais bien ce chemin mais c’est la première fois que je l’emprunte en hiver.

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Nous suivons le GR 532 qui contourne la montagne. Un beau panorama se dévoile vers le sud ouest. En direction du col de Saales, dominant une pénéplaine, on devine les buttes du Voyemont, du Houssot, ainsi que les collines de l'Ormont.  

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Dominant la vallée du Hang qui forme une vaste clairière, la butte du Voyemont bien dégagée par l’érosion, a des airs de similitude avec le Climont.

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En-dessous, le hameau du Climont reste emprisonné dans la brume. Les sapins sont pris dans une gangue fine qui les a figés. Ils se serrent les uns contre les autres comme pour avoir moins froid.

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Nous contournons la montagne. Nous longeons à présent le versant nord.

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Au fur et à mesure que nous prenons de l’altitude, la couche neigeuse s’épaissit. Je suis apparemment le premier randonneur à fouler le blanc manteau de neige fraiche. Pas une trace. Le tapis est tout neuf. C’est un privilège, presque un honneur d’être le premier à pouvoir poser  l’empreinte de mes raquettes dans la poudreuse.

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Le plaisir que j’éprouve doit être semblable à celui qu’éprouve un skieur qui fait du hors piste et qui dessine des arabesques dans la neige vierge avec ses spatules. C’est une page blanche offerte à l’imagination. Ma trace qui la traverse est comme une écriture que d’autres neiges fraîches viendront effacer plus tard. Il y a là tout un symbole : celui de la fragilité des choses, mais aussi celui de leur éternel recommencement. 

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La neige est à présent si épaisse, que mes raquettes disparaissent dedans. Y a pas à dire, la marche en raquettes c’est physique. L’entrainement a beau m’avoir donné une bonne résistance, je donnerais cher pour avoir le punch de Téquila.

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Elle plonge dans la neige en brassant parfois jusqu’au poitrail. Quand je vois la puissance qu’elle peut développer, je suis consterné.

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Nous sommes dans un paradis blanc fait de silence et d’immobilité. Il y règne une splendeur indicible. C’est un ravissement. Contrairement à l’hiver des plaines, celui de la montagne est plus lumineux. Cela est dû avant tout à la neige. En plaine, le ciel est souvent gris et bas en hiver. La neige est un élément poétique. La montagne fait alliance avec elle.

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En proie à une certaine frénésie, je mitraille à tout va avec mon appareil photo. Malgré l’unité de la neige, les sujets sont multiples. Toutefois, aucune de mes photos ne pourra exprimer fidèlement l’ambiance particulière qui règne ici. Nous sommes au royaume de la neige. Elle impose sa couleur pourtant si changeante.

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En recouvrant tout, elle impose son unité à la variété du paysage. Pourtant, cette unité est faite d’une subtile diversité. Elle est faite de formes multiples en fonction du relief, des arbres, et de tout ce qu’elle revêt et épouse.  Les vents la façonnent. A la variété des formes succède la variété dans le temps.

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Tequila est aux aguets, les muscles saillants sous son poil superbe, prête à s’élancer dans la pente enneigée.

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Nous continuons à monter. Pas question de sortir le piquet de grève, car quel bonheur que d’être là dans ce décor exceptionnel. Du haut des gradins du Climont, la nature nous offre un merveilleux spectacle. La neige a du talent. Elle est habile à fabriquer l’insolite, le merveilleux.

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De temps en temps Téquila s’écarte du chemin. Un léger vent emplit ses narines d’odeurs de gibier. « Mmm…çà sent bon ! J’y vais ou j’y vais pas ?... ».« Téquila, cuisses de dinde, restes ici… » (encore un de ces surnoms que lui a donné son maître).

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Elle revient aussitôt vers moi au galop. Il n’y a pas lieu de s’inquiéter.

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Des stalactites ornent les rochers semblables à des tuyaux d’orgue.

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De ce côté ci, la vue est bien dégagée. Je scrute l’horizon aussi loin que porte mon regard. Devant nous s’étend la vallée de la Bruche semblable à un aber. On aperçoit au loin le Donon, tel un récif émergeant de l’océan.

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Au nord est, le massif du Champ du Feu dresse la tête au-dessus de la mer cotonneuse.

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En faisant ainsi le tour de cette butte, je perçois son isolement, son exposition au vent, notamment aux bises hivernales les plus froides. Il ne faut pas s’y méprendre : l’hiver en montagne peut être aussi dur qu’il est fascinant. Ceci explique l’importance du manteau neigeux dans lequel nous devons à présent évoluer. Pourtant, cette neige est vouée à un destin éphémère. Elle est condamnée à se transformer en eau cristalline, et plus bas, en gadoue. Ah, « la gadoue la gadoue »… ! Cela augmente d’autant le prix de ces instants d’émerveillement. Il faut se hâter de les goûter avec cette âme d’enfant émerveillé.

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Téquila ne semble nullement affectée par la froidure et l’épaisse couche de neige. Elle s’en donne à cœur joie. Elle galope joyeusement dans la neige, fait des bonds, princesse des  neiges. Elle me fait penser à cet animal imaginaire de bande dessinée créé par André Franquin, Marsupilami. « HOUBA HOUBA ! ». Elle me fascine autant qu’elle m’amuse.

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Le chemin se fait de plus en plus étroit, discret, intime. La neige est de plus en plus enveloppante. La forme même du chemin a totalement disparu sous cette couche molle, si épaisse que j’ai l’impression de la labourer. 

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Des traces trahissent la présence de gibier. Téquila ne sait plus où donner de la tête.

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Je suis obligé de ramper pour passer sous les branches de sapins qui plient sous le poids de la neige. J’ai beau me faire tout petit, de la neige s’échappe des branches et tombe dans mon cou. La neige est douce à regarder. Elle évoque la tendresse, mais son contact surprend.

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Tequila a moins de difficulté que moi. Elle se faufile allègrement sous les branchages, revenant vers moi pour voir si j’arrive. Elle a l’esprit d’équipe.

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Après un dernier passage sous un tunnel de branches enneigées, nous arrivons au sommet.

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C’est un replat sur lequel se dresse une tour en l'honneur de Julius Euting. Elle est dénommée populairement « tour Julius ». Cette tour panoramique de 17 mètres de haut, a été érigée en 1897 par la section de Strasbourg du Club Vosgien. Elle a été inaugurée en octobre 1897 par les autorités du Deutsches Reich. Elle comporte 78 marches.

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Une plaque commémorative en l'honneur de Julius Euting, célèbre orientaliste et président fondateur du Club Vosgien, est apposée à son entrée.

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On peut y lire ce même quatrain en allemand et en français.

Gennant bin ich der "Juliusturm",

Trotz biet'ich jedem Wettersturm;

Hochwacht halt ich im Wasgauland,

Mit ihm steh'ich in Gotteshand.

 

Tour "Julius", tel est mon nom,

Je brave les tempêtes en toute saison ;

Je veille sur les Vosges de mes hauteurs

Et confie notre sort aux mains du Seigneur !

 

Rénovée en 1986, la tour a malheureusement perdu sa table d'orientation. S’agit-il d’un acte de malveillance ?

A côté se trouve un petit abri en pierre. J’en profite pour passer  un coup de fil à la famille qui attend en bas pour les rassurer et leur dire où nous sommes. C’est bien utile parfois les portables, surtout en montagne.

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Nous redescendons par le flanc ouest. Le temps est en train de changer. Nous avons effectivement eu de la chance.

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Nous traversons un lieu meurtri qui porte encore les stigmates de la tempête du 26 décembre 1999. Des « chandelles » demeurent, telles des sculptures mémorielles. La forêt a été heurtée de plein fouet par les rafales venant de l’ouest. Aux dégâts provoqués par Lothar, se sont ajoutés, par la suite, ceux des scolytes (insectes attaquant les arbres affaiblis) et de la sécheresse de 2003. Selon les spécialistes, quand il y a un tel coup de tabac, les dégâts sont doublés dans les cinq ans suivants. Ça s’est confirmé. 

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Du flanc de la montagne jaillit un filet d’eau qui s’émiette en fines cascades qui descendent vers le Hang, formant plus bas la source de la Bruche. Des arbres dressent vers le ciel leurs fûts rectilignes comme s’ils voulaient transpercer les nuages.

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Après avoir fait le tour complet de la montagne, nous coupons en travers pour rejoindre un petit sentier abrupt. Compte-tenu du faible enneigement à cet endroit et de la forte déclivité, je préfère enlever mes raquettes et continuer sans. C’est moins risqué et çà va plus vite surtout pour descendre.  

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L'étroit sentier va nous ramener directement au hameau du Climont, et de là, en quelques enjambées, à notre point de départ. Chemin faisant, nous croisons deux jeunes femmes qui montent raquettes aux pieds. L’une d’elles me demande s’il y a du soleil en haut. Je lui réponds que le temps est en train de se gâter. Dommage pour elles. Au pied de la montagne, nous croisons un autre randonneur en train de chausser ses raquettes. Lui non plus n’aura pas la chance d’être au soleil. Il est près de 14 heures ; c’est tard pour monter là-haut.

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Pour nous, cette superbe balade touche à sa fin, le temps de traverser le hameau du Climont et de retrouver notre petite famille.

 

 

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Mardi 12 janvier 2010 2 12 /01 /2010 17:38

Quand la montagne revêt ses habits d’hiver, les allumés du godillot chaussent les skis ou parcourent les étendues neigeuses en raquettes à neige. Parti pour une randonnée en raquettes dans le massif du Petit Ballon à la rencontre de la nature, la vraie nature, je me suis retrouvé dans un décor de Grand Nord.

Ce matin, en me levant, j’étais en proie à l’excitation, stimulé à l’idée d’aller étrenner mes raquettes à neige. J’ai jeté mon dévolu sur le Petit Ballon (alt. 1 267 m) situé à cheval entre la vallée de Guebwiller et celle de Munster.

Me voilà donc parti pour une balade en solitaire dans l’univers immaculé de l’hiver. C’est l’occasion  pour moi de m’immerger dans les profondeurs du silence d’une nature endormie.

La montée au col du Boenlesgrab (alt. 865 m) se passe sans problème. La route a fait l’objet d’un gravillonnage. Je gare ma voiture sur le parking bien dégagé situé en face de la ferme-auberge. Il est désert.

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Une lumière claire comme une eau vive enveloppe tout le paysage. Le spectacle est féérique. Les arbres sont immobiles, figés. Rien ne bouge.

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J’ai l’impression d’entrer dans un monde neuf, monochrome.

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Après avoir chaussé mes raquettes flambant neuves, je prends la direction du Strohberg. La neige crisse délicieusement sous mes pas. Elle garde mes empreintes.

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Dès les premiers mètres, le chemin est bien enneigé. Une neige poudreuse décore les arbres.

Jusqu’à la Brudermatt, je pose mes pieds, ou plutôt mes raquettes dans les sillons laissées par un véhicule tout terrain.  Elles ne sont pas récentes mais elles sont encore bien visibles.

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Malgré la température négative, l’effort que je dois fournir me réchauffe. J’aime le froid mais pas le vent et ses griffes qu’il inflige comme autant d’aiguilles qui peuvent arracher des grimaces de douleur.

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A présent, plus de trace. Je suis obligé de faire la trace. Je ne suis pas habitué à cet exercice. Par endroits, il me faut traverser des congères qui se sont formées au gré du vent.

Avec l’altitude l’épaisseur de la neige augmente considérablement. La couche atteint à présent 20 centimètres. Alors que je progresse sur ce chemin qui n’en est plus vraiment un car il est recouvert d’un épais linceul blanc qui en cache les pourtours, je sens monter en moi une sorte de joie immense à la limite de l’euphorie. Je suis seul au milieu de cet univers blanc.

J’arrive à la ferme-auberge du Strohberg. Comme la plupart des fermes auberges des Vosges, elle est fermée en hiver. La voir ainsi, fermée, me procure une sensation de solitude, d’abandon. C’est le moment de faire une pause. Je m’abrite sous l’auvent pour me délester de mon sac à dos. J’avale une de ces formidables barres énergétiques et je me verse une tasse de tisane. Elle est tellement chaude que je suis obligé de mettre un peu de neige dans la tasse. 

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La pause a duré quelques minutes. Je reprends mon chemin en direction du Kahlerwasen. Arrivé à la croisée des chemins, je bifurque à gauche pour monter directement au sommet du Petit Ballon.  

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Je me glisse silencieusement dans la forêt blanche. La montagne semble engourdie, livrée au silence de l’hiver. Ce silence quasi religieux, me saisit. J’ai le sentiment de le profaner en me déplaçant dans la poudreuse, d’être un intrus.

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J’ai le sentiment d’entrer dans un monde étrange. Je regarde et j’écoute. Pas un bruit. Nul gazouillis. Pas même le chant d’une lointaine tronçonneuse. Il règne une atmosphère particulière, une froideur qui fait penser aux premiers matins du monde. C’est un temps sans odeur, sans parfum. Tout sommeille.

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Par endroits je dois me recroqueviller pour passer sous la voûte étincelante des branches. Ce ne sont pas les fourches caudines, mais un passage obligé pour accéder au sommet.

Parfois, des branches déversent sur moi de la neige dont une partie finit par entrer dans mon cou ; le contact de cette neige fraiche avec ma peau est prenant. C’est le prix à payer semble-il.

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La pente est raide, franche et courte. C’est le moment de relever les cales de montée de mes raquettes. Je grimpe droit entre les arbres figés comme des statues. Je suis impatient d’arriver au sommet.

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J’ai l’impression de me déplacer dans une église, allant de nef en nef, ébloui par cette lumière. En prenant de la hauteur je me rapproche du soleil qui joue à cache-cache derrière les nuages. Brusquement le ciel s’ouvre, les brumes se dissipent momentanément. C’est grandiose et un peu magique.

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Je me dis que la nature généreuse se donne bien du mal pour offrir un tel spectacle à qui sait profiter de ces quelques secondes suspendues, très brèves, très fugaces, mais assez fortes pour donner la sensation, à leur évanouissement, d’un profond regret.

A quoi cela servirait de crapahuter ainsi pour demeurer étanche aux générosités de la nature, aveugle aux offrandes du vent, et sourd aux désirs des saisons. Lorsqu’on parcourt la montagne, il faut savoir être disponible à tout ce qui nous entoure.

Parvenu sur la crête, je longe d’abord le flanc est, le plus abrupt.

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Je passe près des anciennes fortifications. Elles pourraient servir d’abri de fortune en cas de mauvais temps.

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Puis j’oblique vers la droite en direction du sommet du Petit Ballon.

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La neige scintille sous les rayons du soleil. Elle a l’apparence d’un tapis neuf, immaculé, qui n’a jamais servi, sinon peut-être, à un animal.

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La vierge est transformée en statue de glace. Le temps semble suspendu.

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Les arbres figés participent à la magie du lieu. Ils ont l’air engoncés dans leurs habits d’hiver, souffrant le martyr.

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Certains font penser à des êtres humains pétrifiés. D’autres, recouverts de neige et de glace, courbent l’échine semblables à des pénitents.

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Chaque instant est changeant et me révèle de nouvelles lumières. Certaines images parlent d’elles-mêmes.

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A travers les volutes blanches des nuages, je distingue en contrebas, le col du Rothenbrunnen.

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Les silhouettes évanescentes des sapins encapuchonnés de blanc apparaissent comme des soldats de carton-pâte montant la garde, droits dans leurs bottes.

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Plutôt que de descendre franchement jusqu’au col, je descends en oblique en dessinant des arabesques dans la neige. Il y a là près de 30 centimètres de neige fraiche. Malgré les raquettes, je m’enfonce profondément dans la poudreuse

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Derrière le voile de brume apparaît le refuge des Amis de la Nature reconnaissable de loin avec ses volets rouges.

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Parvenu au col, je remonte sur ma gauche, en travers d’un grand champ de neige bordé de sapins majestueux.

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Sur ma droite, la crête qui mène au Hilsenfirst et au Klintzkopf. Elle a l’ai bien enneigée, balayée par les vents.

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A ce moment là, arrive un compagnon à quatre pattes. Il me salue affectueusement, mettant ses pattes de devant sur moi et me léchant. Il est curieux ; il lève son museau, hume mon odeur. Je lui parle en le caressant ; il semble apprécier ma compagnie. Je lui demande de prendre la pose pour que je puisse le photographier. Il se roule alors dans la neige et se secoue vigoureusement. Puis il repart en courant à travers la neige profonde vers le Rothenbrunnen où j’aperçois un randonneur. Ce doit être son maître.

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J’entre à présent dans l’antre de la sapinière. Les sapins tamisent la lumière.      

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Lorsque j’en ressors, je me retrouve face à l’étendue blanche du flanc sud du Petit Ballon. Elle ne porte aucune trace. Je serai donc le premier à la traverser.

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Je descends lentement car le manteau neigeux est épais. Les bâtons de marche me sont d’une grande utilité. Je m’amuse à faire ma trace dans la poudreuse.

Alors que traverse ainsi l’étendue vierge, j’en viens à penser au premier terrien qui a foulé le sol de la lune. Quelles sensations il a du éprouver ! Quelle ivresse !

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Sur ma droite, la sapinière que je viens de traverser, barre l’horizon.

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Le froid enserre la montagne dans sa main de fer. La nature semble appeler la pitié.

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Tordus par le vent et habillés de glace, piquets et buissons ont des allures de sculptures éphémères.  

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De grands arbres semblent recouverts d’une cloche de verre. On dirait de grands candélabres. Il y a dans cette beauté hivernale comme un message caché.

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Arrivé au bas de la pente, je passe au-dessus de la Mullermatt dont les bâtiments se confondent avec le paysage. Je traverse une forêt meurtrie par la tempête du 26 décembre 1999. Elle  n’a, de loin, pas encore effacé tous les stigmates de Lothar. Des « chandelles » demeurent, telles des sculptures mémorielles.

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Je descends jusqu’à l’Auberge de la Jeunesse de la Dynamo. C’est une belle bâtisse en bois. Nombreux sont ceux qui s’y sont connus.

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Puis j’emprunte un étroit sentier qui descend en direction du col du Boenlesgrab. J’ai tout juste la place pour poser mes raquettes.

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La végétation est prise dans une gangue fine qui l’a figée. C’est un blanc qui n’est pas celui de la neige ; on voit à travers. C’est un blanc de cristal.

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Brusquement je perds la trace du sentier balisé. Je décide d’aller au plus direct. Je m’enfonce profondément dans la poudreuse. J’essaye de ne pas basculer en avant. Quelques rochers qui affleurent raclent mes raquettes. Les voilà bien étrennées ! Finalement je me retrouve sur un chemin bien marqué qui va me conduire au col.

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Des grands troncs fusent vers le ciel, gaufrés par la neige et le gel.

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Au sol, le manteau neigeux porte les traces de fuites furtives d’animaux que je n’ai pas pu surprendre bien que j’ai marché en silence ou le moins bruyamment possible. Dans leur quête de quelque nourriture, ils ont laissé leurs empreintes. Elles feraient le bonheur de Sherlock Holmes.

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De retour chez moi, je me repasse le film de cette journée faite de brumes, de nuages clairs et, par instants de trouées de ciel bleu, en me disant que cette marche aura été une traversée du silence.

L’effraction d’une parole bavarde était impensable aujourd’hui.

 

 

                                                                                                                                

 

              

 

 

 

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Mercredi 9 décembre 2009 3 09 /12 /2009 18:07

Pour cette nouvelle randonnée, nous avons mis le cap sur la commune de Wegscheid dans la vallée de la Doller. En 2008, le conseil régional d'Alsace a créé la réserve naturelle régionale de "la forêt des volcans de Wegscheid".

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Nous devons être bénis des dieux, car une fois de plus nous bénéficions d’une météo particulièrement propice à la randonnée. Après la pluie de ces derniers jours, on ne s’attendait vraiment pas à cela. Nous mettons le cap sur la commune de Wegscheid qui se trouve à la confluence du Soultzbach avec la Doller. Le nom de Wegscheid vient de l’allemand « Weg » qui signifie « chemin » et « Scheid » qui signifie « séparation ».

Nous sommes donc à la séparation des chemins. Nous quittons la route nationale pour remonter la rue du Soultzbach. Nous garons notre voiture sur le parking qui se trouve à côté du réservoir. Nous sommes à 531 mètres d’altitude. C’est ici que commence notre randonnée. Nous sommes dans le fief du Club Vosgien de Masevaux. C’est l’occasion pour moi d’avoir une pensée pour mes amis de club, et particulièrement pour mon ami Jean-Louis, responsable des randonnées. Comme je sais qu’il est un fidèle lecteur de mon blog, j’en profite pour le saluer cordialement. Salut Jean-Lou !

Après avoir chaussé nos chaussures de montagne et enfilé nos sacs à dos, nous nous mettons en route. Il est un peu plus de 9 heures. Nous remontons le Soultzbach sur 470 mètres. Nous bifurquons à gauche en direction du Stahlberg (alt. 839 m). Nous remontons le cours d’un ruisseau. Très vite, le chemin devient très raide. Alors que les sommets sont déjà bien ensoleillés, nous progressons dans une clarté encore indécise et dans la fraîcheur d’un matin d’hiver. Le bonnet de laine et les gants ne sont pas un luxe. C’est l’heure où le manque de couleurs plus que le manque de lumière, donne à la montagne un visage fermé, presque inhospitalier.

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Notre chemin se redresse de plus en plus. Ça surprend. Le dénivelé est de 22,58 %. Cela n’incite pas à la discussion. Chacun monte à son rythme. Jean-Pierre accuse le poids des ans. Il a le souffle court. Son cœur bat très fort. Je l’attends à mi-pente. 

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Nous attaquons une montée en zigzag. Malgré sa déclivité, l'étroit chemin présente un attrait particulier. Nous entrons dans le rayonnement de l'astre du jour bien qu'il soit encore avare de chaleur. Lacet après lacet nous prenons de l'altitude. Notre marche n'a rien d'une flânerie pour mon compagnon. Ce n'est cependant pas une grimpée aussi âpre que celle du couloir du Falimont dans le massif du Hohneck.    

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Nous parvenons à un joli chalet en rondins qui domine la vallée de la Doller.
L'endroit  n'est pas encore éclairé par  le soleil. Il est balayé par un vent frisquet.

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Nous jetons un coup d'oeil furtif à l'intérieur du chalet. Il a l'air confortable. Tout y est prévu pour passer un bon moment bien au chaud. 

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Nous en faisons le tour, puis nous reprenons notre chemin. Je désigne à Jean-Pierre le massif des Vogelsteine où nous allons. Nous remarquons que les arbres sont recouverts de givre. Il doit faire froid là-haut. En tout cas, c’est magnifique.

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Notre sentier descend légèrement. Il a été défoncé par les engins de débardage. Nous arrivons à la route forestière qui monte au Belacker. Des fûts abattus dorment au soleil. Là nous prenons à droite un étroit sentier qui s’engouffre dans la forêt.

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Nous longeons le flanc escarpé de la montagne.

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La pente est abrupte et le terrain glissant. Certains passages sont sécurisés.

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Nous pénétrons dans la forêt du Nablas. C’est une forêt profonde dans laquelle résonne le bruit des cascades.

 

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La forêt occupe ici 88 % du territoire.

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L’étroit sentier serpente entre les arbres et les rochers. Par moments, nous sommes obligés d’enjamber les racines des gros arbres et franchir des ruisseaux.

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Le décor est très sauvage. Nous avons l’impression de traverser un endroit secret. La magie de la forêt opère. J’affectionne ce genre d’endroit. Une forêt a son atmosphère, sa lumière, son clair-obscur, ses ombres.

Nous arrivons au Durrenfels. 


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Nous jouissons d’un vaste panorama sur la vallée de la Doller. Devant nous, le spectacle de la montagne vosgienne avec ses formes arrondies.

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Brusquement le silence est rompu. Au-dessus de nous, des éclats de voix attirent notre attention. Une joyeuse troupe vient d’arriver au Fuchsfelsen. Grisés semble-t-il par le panorama qui s’offre à leurs yeux depuis le belvédère, certains poussent des  «  Ou-ou……Ho-ho… ». Il ne manque plus qu’un jodler. L’un d’entre eux qui a une voix qui porte, appelle sa femme : « Simone…tu montes ?.. ». C’est ainsi que nous apprenons que l’une des membres de cette joyeuse troupe s’appelle Simone. Fini le calme des grands espaces. La faune doit être apeurée. C’est sûr, nous n’apercevrons pas de chamois aujourd’hui.

 

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Nous gagnons à notre tour le Fuchsfelsen (alt. 1 021 m) qui, Dieu merci, a retrouvé son calme entretemps. C’est un piton rocheux impressionnant. Rectiligne, taillé avec la netteté d’un coup de hache, il se dresse au-dessus de la forêt.

 


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Il fait partie de ce groupe de rochers dont certains atteignent 30 à 35 mètres de haut : les Vogelsteine (ou rochers aux oiseaux) aussi appelés Falkensteine (rochers aux faucons). On a l’impression qu’ils sont prêts à crouler dans le vide. Nous nous imprégnons du calme et de la sérénité des lieux. Nous sommes entourés d’une immobilité qui nous confronte à l’échelle du temps. Notre existence se mesure en années alors que celle de ces géants de pierre se mesure en millions d’années.

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Nous nous hissons jusqu’au sommet en nous aidant du câble d’acier fixé dans la roche, car le rocher est recouvert de glace. Nous arrivons sur la petite plateforme de trois mètres sur trois qui offre un point de vue sublime.

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Nous rendons hommage aux bénévoles qui ont aménagé ce site. C’est grâce à eux que nous pouvons profiter des richesses de la montagne.

 

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Nous montons en direction du Sattelboden. De là nous gagnons la crête par une montée très raide.  Les arrêts se font de plus en plus nombreux afin de permettre à Jean-Pierre de reprendre son souffle. Il ne s’agit pas de dépasser ses limites, mais de se faire plaisir.

 

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Nous parvenons sur la crête. Devant nous se profile le débouché de la vallée de la Thur que domine le Thannerhubel (alt.  1 882 m). Au col entre le Rossberg et le Thannerhubel, le refuge du Ski Club Thann semble monter la garde.

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Nous bifurquons à droite en direction du sommet du Rossberg. Derrière la ligne de crête figée par le gel, une multitude de formes blanches, mystérieuses et majestueuses, se dresse vers le ciel. 
 Les glaciers brillent au soleil.

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Nous sommes pressés d’arriver au sommet pour jouir du vaste panorama. Je fonce. Mes pas martèlent la fine couche de neige. Jean-Pierre suit à son rythme. « Dur, dur ! » s’exclame-t-il en me rejoignant au sommet.

Alors même que la vue n'est pas l'unique attrait de nos randonnées, qu'elle n'est pas notre unique stimulant, elle est cependant un élément primordial du moment solennel qu'est l'arrivée au sommet. Elle exalte la joie d'avoir atteint un but.

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Il est 12 h 45 lorsque nous parvenons au sommet du Rossberg (alt. 1 191 m). Nous restons tout pantois à la vue du vaste panorama qui s’offre à nos yeux. Nous devons chausser nos lunettes de soleil tant la luminosité est intense. A nos pieds, la plaine du Rhin, le Sundgau, la Porte de Bourgogne, le Jura bâlois, alsacien, bernois et neuchâtelois. Dans le fond, l’immense et merveilleux front alpin qui, du Säntis au Mont Blanc, égrène ses perles sur 250 km de long, à 160/230 km de distance ! J'essaie de mettre un nom sur certains sommets : le Wetterhorn, le Schreckhorn, le Finsteraarhorn, l'Eiger, le Mönch et la Jungfrau. Très vite, je déclare forfait. Nous nous contentons d’admirer cette succession de pics et d'arêtes. Je tente d’immortaliser cet instant magique avec mon appareil photo.


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Nous décidons de faire une pause à l’abri du vent, sous les rochers. Notre Dame du Rossberg, nichée dans une cavité de la roche, veille sur nous. Assis parterre, le dos appuyé contre la paroi rocheuse, nous ouvrons nos sacs à dos. On sort les sandwichs et la thermos. 

Trois autres touristes arrivent au sommet. Ils décident eux aussi, de « bivouaquer » sous le rocher, à l’abri du vent, profitant du soleil …et du panorama. Nous retiendrons qu’ils sont suisses, et que l’un d’eux s’appelle Adrien. Ils sont montés depuis le col du Hunsrück. Nous partageons ce moment de contemplation avec eux.

Notre équipée reprend une demi-heure plus tard. Nous prenons la direction du Belacker. Nous ne sommes pas tout seul à profiter de cette belle journée. D’autres marcheurs sillonnent le massif.

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Le sentier épouse les rondeurs de la ligne de crête. Nous marchons sous un ciel d’azur. Des avions sillonnent le baldaquin céleste en laissant dans leur sillage des trainées blanches. 
Sur notre droite, nous pouvons admirer la vallée de la Thur dominée par le Grand Ballon à la silhouette altière, coiffé de son radar réalisé par l’architecte Claude Vasconi. Il semble être fier d’être le plus haut sommet des Vosges.

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A sa droite, le massif du Molkenrain dont nous décryptons les détails. Cela nous permet de nous remémorer  notre récente randonnée automnale sur ses flancs.

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Nous passons au-dessus des Vogelsteine (alt. 1 181 m).  



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Nous abordons à présent une courte mais raide descente. Nous devons nous méfier des rochers rendus glissants par la neige et la glace. Nous arrivons à un col entre les Vogelsteine et le Bannberkopf. Nous profitons d’une belle vue sur le fond de la vallée de St Amarin.


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Nous bifurquons à gauche pour passer sous les rochers. Nous suivons un étroit sentier qui longe le flanc de la montagne.

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J’aperçois un peu plus haut une belle cascade. Elle m’attire. J’ai envie de m’en approcher. J’abandonne quelques instants mon ami sur l’étroit sentier, et m’engage en travers de la pente abrupte en assurant mes appuis. Parvenu au pied de la belle cascade, je l’admire, je l’écoute. Elle me parle. Elle me dis qu’elle n’est pas seulement jolie, mais qu’elle est surtout source de vie. Que ferions-nous sans eau ? Comment ne pas penser à ceux qui, à des milliers de kilomètres de là, manquent cruellement d’eau ? Comment ne pas songer au réchauffement de la planète et à ses conséquences ?


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Nous arrivons au premier surplomb. Nous prenons le chemin qui part sur notre gauche pour redescendre sur Wegscheid en passant par l’Engelberg.

Nous jetons un dernier regard en arrière vers le massif que nous venons de parcourir, puis nous nous engouffrons dans la forêt. Le décor est très sauvage. Nous descendons dans un vallon tout bruissant d’eaux vives.

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Tout en bas, entre le Pfaffenberg et le Kaltenrain, les ruisseaux se rejoignent.


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Il est 15 h 15 lorsque nous retrouvons notre voiture.
Après une si belle journée succédant à plusieurs jours de pluie, j'en suis venu à me demander laquelle de nos deux bonnes étoiles nous ont favorisés. Finalement, après mûre réflexion, je suis arrivé à la conclusion qu'une telle chance ne pouvait être que l'oeuvre de nos deux bonnes étoiles réunies.

 

  
« Il n'y pas de racines à nos pieds, ceux-ci sont faits pour se mouvoir »

                                                                                                                (David Le Breton) 

 








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Mercredi 2 décembre 2009 3 02 /12 /2009 17:38

Les précipitations de ces derniers jours ont recouvert les sommets vosgiens d’une bonne couche de neige poudreuse. Nous avons été tentés d'aller faire un tour sur les crêtes. Nous avons été bien inspirés puisque cette randonnée hivernale nous a permis d’en prendre plein les yeux.

 

 

                                                                          

 

Pour cette première sortie hivernale, notre duo s’est transformé en trio : mon fils Raphaël s’est joint à nous.

 

Une fois de plus, le beau temps est de la partie : quelle aubaine !

 

J’ai proposé à mes compagnons d’aller faire un tour sur les Hautes Chaumes, au fond de la vallée de Munster, dans le secteur du Lac du Forlet aussi appelé Lac des Truites. Ni l’un ni l’autre ne connaissait cette région des Hautes Vosges.

 

Nous voilà donc partis pour le Col du Wettstein (alt. 884 m) au-dessus de Soultzeren dans la vallée de Munster.

 

Pendant notre trajet automobile jusqu’au point de départ de notre randonnée, nous scrutons les sommets. Ils ont l’air bien enneigés.

 

Alors que nous nous engageons dans la vallée de Munster, la tension monte.

 

Après avoir passé Wihr au Val, nous apercevons la silhouette altière du Rothenbachkopf qui barre le fond de la vallée. Nous traversons Munster et prenons la direction du Col de la Schlucht. Après avoir traversé Soultzeren, nous bifurquons à droite en direction du Col du Wettstein. La route en lacets nous offre de beaux points de vue. Bientôt nous atteignons le col du Wettstein, point de départ de notre randonnée.

 

Il est 9 h 48 lorsque nous nous mettons en route. Un groupe de randonneurs nous précède.

Dès les premiers mètres, nous montons par un chemin forestier assez raide. Heureusement, nous arrivons rapidement sur un plateau.

 

   

Lorsque nous débouchons de la forêt, un magnifique panorama s’offre à nos yeux. La montagne a revêtu sa belle pelisse blanche. On distingue au loin le Hohneck flanqué du Petit Hohneck. On devine le cirque glaciaire du Frankenthal et le couloir du Falimont.

 

 

 

Au fond de la scène, les Alpes sont au rendez-vous, telles une armée en marche. 

 

 

Nous passons au-dessus du hameau des Hautes Huttes (alt. 987 m).

 

  
 

Nous longeons le flanc sud du Haufenwannkopf.

 

Le sentier est pentu et accidenté. La couche neigeuse est de plus en plus épaisse. Elle craque délicieusement sous nos pieds. Par endroits, la neige cache des rochers dont nous devons nous méfier car ils sont verglacés.

 

  

Nous dépassons le groupe de randonneurs qui nous précédait, non sans avoir échangé quelques civilités.

Nous parvenons au lieu-dit « Altenkray » (alt. 1 080 m).

 

 

 

Nous passons à côté de la ferme-auberge du Kreywasen.

 

 

De là, un large chemin forestier nous mène jusqu’au Lac des Truites qui est aussi appelé Lac du Forlet, déformation du mot allemand " Forelle " qui signifie " Truite ".

 

 

 

C’est le plus haut lac du massif vosgien avec ses 1 066m d'altitude. Il est situé dans un magnifique cirque glaciaire, dominé par les crêtes et les Hautes Chaumes.

 

 

Mes compagnons sont émerveillés. Nous regardons tout autour de nous.

 


Nous contournons le lac par la gauche. Des traces de gibier mènent à la forêt toute proche.

 

 

Au-dessus de nous, les falaises abruptes du Gazon de Faing semblent grignoter le ciel bleu.

 

 

Nous pénétrons dans un monde minéral enveloppé de blanc.

 

 

Je désigne à mes compagnons le couloir par lequel nous allons accéder à la crête.

 

 

Nous montons à la ferme-auberge du Forlet située au-dessus du lac. Nous croisons un jeune couple accompagné d’un jeune Labrador qui nous fait la fête. Ils nous demandent où nous allons. Raphaël leur indique que nous avons l’intention de monter sur la crête. Ils nous informent que le mauvais temps est annoncé pour cet après-midi. On verra bien.

 

 

Derrière la ferme-auberge, une passerelle en bois a été aménagée par le Club Vosgien.

 

 

Nous abordons à présent un chemin assez raide.

 

 

Par endroits, des marches sont aménagées. Il faut parfois lever le pied assez haut.

 

 

Nous prenons rapidement de l’altitude. Raphaël marque une pause et en profite pour boire. En montagne, la hâte n'est pas une vertu. Nous en profitons pour admirer le paysage qui s'étale à nos pieds, tel un livre ouvert.

 

 

Chacun de nous monte à son rythme, mais nous sommes animés de la même énergie, partageant le même plaisir de marcher dans l'immensité blanche, libres, tellement libres.   

 

 

Nous croisons une jeune femme qui vient du col de la Schlucht. Elle nous informe que la couche neigeuse est assez importante sur les crêtes.

 

 

Au fur et à mesure que nous montons, les arbres deviennent rares. Nous sommes poussés par le désir secret de découvrir les multiples aspects de la nature.

 

 

Nous débouchons à gauche de l’Altenkraehkopf  (alt. 1 277 m). 

Nos efforts sont récompensés par un panorama époustouflant.


Les efforts 
déployés pour surmonter les difficultés et arriver jusque là, ainsi que l'influence exercée par la montagne sur nous, c'est ce qui donne un sens profond à notre randonnée.

   

Nous rejoignons le sentier de grande randonnée GR 5 qui relie le Col de la Schlucht au Col du Calvaire.


 

Un vent glacial se met à souffler. C’est un vent tranchant, qui ne transporte aucune odeur, qui parle de steppe, de toundra, de vastes espaces blancs.

 

 

Nous suivons la ligne de crête en direction du Col de la Schlucht.

 

 

On a l’impression que la nature a retrouvé sa pureté originelle. 

 

 

Nous traversons la Réserve Naturelle du Tanet-Gazon de Faing pour atteindre le Soultzener Eck (alt. 1 302 m).

 

 

De là nous rejoignons les rochers du Taubenfelsen (alt. 1 299 m). C'est une enchevêtrement de rochers de granit qui surplombent le cirque glaciaire du Lac du Forlet.

 

 

Les blocs sont recouverts d’une bonne couche de neige fraîche. Nous essayons tout de même de grimper dessus. Raphaël est le premier à parvenir sur l’étroite plateforme. Il me tend la main et m’aide à m’y hisser. Jean Pierre suit. Quelle merveilleuse sensation que de parvenir ainsi au sommet d’une montagne, toute modestie gardée. Nous avons l’impression d’être seuls au monde.

 

 

Il est hors de question de s’arrêter là pour manger. Nous décidons de continuer jusqu’au Lac Vert pour nous mettre à l’abri. Jean-Pierre sort un sachet de fruits secs. Le sachet passe de main en main. Çà fait du bien. Nous nous extirpons prudemment du chaos de pierre. Chacun de nous en redescend à sa manière.

 

 

 

Nous continuons en direction du Gazon de Faîte (alt. 1 303 m).

 

 

Le vent souffle en petits tourbillons rageurs. Il fait courir sur la neige une fine pellicule de grésil formant ici et là des congères, ou s’accumulant derrière les obstacles, un arbre ou un piquet de clôture.

 

 

Il se calme par moments, puis reprend selon l'endroit où nous nous trouvons.

 

Le froid et la neige n’entravent pas notre marche, même si parfois ils la ralentissent.  

Comme les mécanismes d'acier et de fonte, celui de l'homme a ses règles inéluctables pour bien fonctionner et fournir à l'occasion un effort particulier. Plus notre corps est préparé en vue de ce que nous allons exiger de lui, moins grande sera la dépense d'énergie. Dès lors nous jouissons plus complètement de notre excursion, puisque la fatigue ne vient pas l'assombrir.  

 

 

 

Nous arrivons à une table d’orientation. Après avoir balayé d’un revers de la main la neige qui la recouvre, nous essayons d’identifier les paysages lointains. Nous avons un doute en ce qui concerne une ville que nous apercevons au loin (Saint-Dié ou pas ?...). Nous n’avons pas le temps de nous appesantir sur la question d’autant plus qu’il fait froid.

 

 

 

Nous prenons la mesure de notre place dans le monde.

 

  

Nous quittons la ligne de crête pour prendre la direction du sentier panoramique.

 

 

Le sentier est recouvert par la neige. Nous devons le deviner. Nous essayons de suivre des traces de pas qui doivent être celles de la jeune femme que nous avons croisée plus tôt. De temps en temps nos pieds s’enfoncent dans la neige jusqu’aux chevilles. Nous devons parfois franchir des congères. C’est assez fatiguant. Des raquettes seraient très utiles. 

 

 

Nous passons par le lieu-dit « Ringbuhl ».

 

Nous descendons au lieu-dit « Dreieck » (alt. 1 225 m) alors que des bancs de nuages commencent à envahir le ciel par l’ouest, signe de mauvais temps.

 

 

De là nous descendons au Lac Vert ou Lac de Soultzeren (alt. 1 053 m).

 

 

Le vent cesse brusquement. Nous sommes à présent à l’abri.

 

Le Lac Vert doit son nom à la couleur qu'il prend en été et qui est due à la prolifération de plantes aquatiques. C'est un lac naturel dont on a surélevé le niveau pour en faire une réserve d’eau.

 

Il est 13 h 30 lorsque nous arrivons au Lac Vert.

 

 

Nous contournons le lac pour aller nous installer près d’une cascade où nous décidons de faire une pause. Le petit banc qui fait face au lac est recouvert de neige. Là encore, nous balayons la neige d’un revers de la main. Mais le banc est mouillé. Raphaël ne craint pas de s’y asseoir étant donné qu’il a revêtu une combinaison. Jean-Pierre et moi préférons poser nos séants sur un rocher.

 

Le chant de la cascade accompagne notre repas frugal. Nous mordons dans nos sandwichs avec appétit. Chacun sort sa thermos, et pour cause. Il faut se réchauffer. Jean-Pierre va même jusqu’à s’en mettre un peu partout. C'est pas trop grave.

 

Nous repartons à 13 h 44. Nous traversons une petite passerelle en bois pour longer la rive du lac sous le Tanet.

Nous empruntons un petit sentier très escarpé.

 

 

Nous passons à côté d’une jolie cascade.

 

 

Parvenus au barrage, nous jetons un dernier regard sur ce site qui, en été, doit grouiller de monde. Aujourd’hui, par la magie de l’hiver, la nature semble endormie, figée. Le temps semble retenir son vol. Nous ne manquons pas de saisir cet instant.

 

 

Nous passons à droite du déversoir, et descendons en direction du Col du Wettstein.

 

Nous suivons un chemin forestier à flanc de montagne. C'est un chemin qui est monotone. Nous marchons un peu par automatisme. Pour rompre cette monotonie, nous échangeons des propos divers. Nous refaisons le monde en quelque sorte.

De temps à autres, de gros rochers surplombent notre chemin côté amont, alors que du côté aval, la pente est très abrupte.
Un véhicule tout terrain nous dépasse. A voir la tenue de ses occupants on peut aisément penser que ce ne sont pas des marcheurs.

 

Nous passons par le lieu-dit «  Stillenbach » (alt. 960 m). C'est un lieu qui est effectivement très isolé.

 

Nous passons au Rappenkopf (alt. 958 m).

Après être remontés sur quelques mètres le chemin forestier qui monte au Lac du Forlet, nous bifurquons à droite. Nous devons être très vigilants, car à mi-pente un sentier encombré dans son début, part sur notre gauche pour passer au-dessus du lieu-dit « Ebène ».  
 

 

Nous rejoignons par un petit escalier en bois un chemin forestier qui va nous mener au Col du Wettstein.  


Nous passons au  lieu-dit « Musmiss » où nous observons une ferme dont le propriétaire a fait une belle provision de bois pour l’hiver.

 

 

De là nous descendons en quelques enjambées jusqu’au parking du Col du Wettstein.

 

Notre randonnée s’achève à 15 h 39.

 

Nous reprenons le chemin du retour, heureux et comblés.

 

Alors que nous roulons, Raphaël s’endort sur la banquette arrière de la voiture. Jean-Pierre pense au bon bain chaud qui l’attend chez lui. Et moi je réfléchis à notre prochaine sortie.

 

J’ai vécu cette fois-ci encore avec mes compagnons des instants de pur bonheur qui, une fois passés, ne nous sont plus accessibles que par l’écriture.

 

 

  "L'extraordinaire ne se produit pas sur les chemins plats et habituels"          (Goethe)

 

 

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