Mon compagnon de route habituel étant malade, je me suis résigné à partir tout seul car je n’ai pas pu résister à l’appel de la nature. De plus, la météo s’annonçait excellente. J’ai donc jeté mon dévolu sur un endroit des Vosges reculé et secret, exigeant mais oh combien accueillant : la Haute Vallée du Rahin, au cœur des Vosges Saônoises.

Lorsque j’ai ouvert les volets ce matin, j’ai constaté avec enthousiasme que le ciel était d'un bleu d’azur ; il n’y avait pas un seul nuage à l’horizon. Au-delà des monts du Jura, les Alpes
bernoises dressaient leurs formes blanches tel un accord de harpes qui s’élève d’un orchestre caché dans le fond du théâtre. Toutes les conditions étaient réunies pour que je puisse partir à la
découverte des joies qu’offre avec largesse la nature.
Me voici donc parti pour Plancher les Mines dans la vallée glaciaire de Saint Antoine.
Après avoir garé ma voiture au-dessus de Plancher les Mines, je m'équipe rapidement, veillant à bien caler mon sac à dos sur mes hanches (merci Jean-Pierre pour le conseil). Je suis en proie à une certaine fébrilité. Il est exactement 9 h 37 lorsque je me mets en route. Je pénètre dans la Réserve Naturelle Nationale des Ballons Comtois.

Dès les premiers pas, je suis au diapason de la nature.

C’est le Rahin qui donne le ton. Je remonte son cours.
L’eau sera ma compagne tout au long de cette journée. Elle sera omniprésente, presque obsédante.

Je passe à côté de la cascade du Crémillot.

J’arrive au Refuge Mérique. Des agents de l’ONF m’indiquent qu’il a été fermé suite à des dégradations (c’est navrant !).
De là je monte en quelques enjambées à la cascade de la Goutte des Saules toute proche.

J’ai lu un jour que l’on appelle ici les ruisseaux des « gouttes ». Quand on voit l’énergie qui se dégage de cette cascade on peut trouver cela paradoxal.

Je remonte le Sentier des Cascades.
Le spectacle me procure une bonne montée d’adrénaline.

Je suis hypnotisé par ces flots tumultueux qui se précipitent dans le vide dans un grondement assourdissant. Certes, ce ne sont pas les chutes du Niagara, mais c’est tout de même grandiose.

Certaines portions du sentier sont sécurisées par un garde-corps. La
montée est physique car le sentier est très rocheux. Les jambes ont du mal à se mettre dans le rythme, mais çà vient tout doucement au fur et à mesure que je monte.
Tout au long de la montée, les flots impétueux sautent de roche en roche. Leur tempo me fait penser à l'Allegro de la Water Music de Georg Friedrich Haendel.

A la sortie de cette grimpette, je débouche sur le sentier de liaison qui doit me mener au sentier de grande randonnée GR 59. J’emprunte la route forestière du
Haut Drion.
Brusquement, plus de Water Music. Les cascades se sont tues. En réalité, mon chemin passe dans un vallon où il n'y a pas de ruisseau. Seul le ruissellement de l'eau sur les rochers me
rappelle la présence de l'élément liquide.
La trève n'est que de courte durée. Je traverse une zone d’éboulis au milieu de laquelle une modeste cascade a creusé son lit.

Je gagne une zone de quiétude pour la faune sauvage. C’est un site Natura
2000 répertorié pour la rareté et la fragilité des espèces sauvages, tel de Grand Tétras. Des panneaux apposés sur les arbres rappellent que dans cette zone « tout acte de chasse est interdit ».
Je suis le chemin de la Goutte Jean-Pierrre (si si, c’est bien son
nom !). J’aboutis à la côte 1 041. De là je monte
sur le Plateau de Bravouse (alt. 1 122 m) par un étroit sentier caillouteux.

Parvenu au sommet, mon chemin devient spongieux. Le sol est humide. L’eau stagne en de nombreuses petites mares qu’il me faut enjamber ou contourner.
Je longe un périmètre non autorisé où se trouve une tourbière à la végétation si particulière.
Je redescends par le Chemin de la Fontaine Marianne. C’est un chemin forestier absolument sublime. Un silence absolu m’entoure.

Profitant d’une vue dégagée sur le Ballon de Servance qui est devant moi,
je constate que je ne suis pas encore arrivé. Il reste encore un petit bout de chemin à faire. Il est près de midi ; c’est l’heure à laquelle je voulais être au sommet. Il va donc falloir
que j’accélère. Je change donc de braquet comme disent les cyclistes. Je n’ai pas le choix car il faut que je sois redescendu pour 16 h 30 étant donné que la nuit tombe à 17 heures.
Il est 13 heures lorsque je débouche sur les chaumes du Ballon de Servance (alt. 1 216 m).
Je contourne le terrain militaire dédié à la surveillance aérienne.
Les sorbiers colorent magnifiquement le paysage.
Je gagne le refuge Sailley où je décide de faire une pause. C’est un petit chalet en bois magnifiquement bien situé, mais hélas, malmené par des « touristes » peu scrupuleux.
Je délace mes chaussures et donne un peu de fraîcheur à mes pieds qui en ont bien besoin après le train d’enfer que je leur ai imposé entre le Plateau de Bravouse et le Ballon de Servance.
Je me régale avec les sandwichs que m’a préparé ma femme (merci Nelly ), le tout arrosé d’un excellent Château La Pompe.
Je sors mes jumelles et scrute l’horizon. J’en profite pour admirer le
Ballon d’Alsace avec sur son flanc la Jumenterie. Sur la gauche, le Rouge Gazon et le massif du Rossberg derrière lequel émerge le Grand Ballon.
Il est temps pour moi d’entamer la descente : il est 13 h 30.
Je descends au Col du Luthier (alt. 1 100 m).

De là je suis le Chemin du Luthier. C’est un très joli sentier sauvage qui descend en longeant le flanc de la montagne d’où jaillissent de nombreuses petites cascades. Leur clapotis
m’accompagne.

Après avoir passé par le Col du Beurey, j’arrive au Col du Stalon (alt. 958 m).
La source du Rahin est toute proche.

Je descend dans la vallée du Rahin par la route forestière du Stalon qui
se faufile entre le Droit de St Antoine et l’Envers de St Antoine. La Vallée du Rahin est la plus sauvage, la plus pittoresque des réserves naturelles de la région.
J’arrive au refuge forestier de la Vieille Hutte construit en 1936 près duquel on a retrouvé des traces de l’activité d’une importante verrerie.
A proximité se trouve un pont en pierre qui enjambe le Rahin.

J’aboutis à la route départementale qui relie Plancher les Mines au Ballon de Servance.

Je la suis jusqu’à l’aire du Pont Piron.
Là, j’emprunte un étroit sentier qui longe le Rahin.
La lumière rasante du soleil qui décline, habille la nature de couleurs chaudes.
Par endroits de petits ruisseaux traversent le chemin. J’ai parfois l’impression de marcher dans le lit d’un ruisseau.

J’arrive au Plain Janvier.
Je décide de regagner Plancher les Mines par le Chemin de la Goutte des Saules afin d’éviter d’avoir à marcher sur la route et pour rester au soleil car le fond de la cuvette et déjà dans
l’ombre. Pour cela je dois puiser dans mes réserves car le chemin monte allègrement.

Je redescends par le Sentier des Cascades.

La descente est plus délicate que la montée. Les balustrades sont une aide précieuse car les rochers sont humides et glissants.
Parvenu au Refuge Mérique, je suis le cours du Rahin. Par endroits le chemin est pavé de grosses pierres moussues sur lesquelles il faut avancer prudemment pour éviter de glisser (ce serait
trop bête de tomber si près de l’arrivée ).

Il est 16 h 30 lorsque je retrouve ma voiture. Je dois avouer que je suis un peu « rincé » mais oh combien heureux d’avoir découvert ces sites enchanteurs marqués par l’omniprésence de
l’eau. « Cascades et ruisseaux » pourrait être le titre de cet article.