Pour
cette nouvelle randonnée, nous avons mis le cap sur la commune de Wegscheid dans la vallée de la Doller. En 2008, le
conseil régional d'Alsace a créé la réserve naturelle régionale de "la forêt des volcans de Wegscheid".
Nous devons être bénis des dieux, car une fois de plus nous bénéficions d’une météo particulièrement propice à la randonnée. Après la pluie de ces derniers jours, on ne s’attendait vraiment pas à cela. Nous mettons le cap sur la commune de Wegscheid qui se trouve à la confluence du Soultzbach avec la Doller. Le nom de Wegscheid vient de l’allemand « Weg » qui signifie « chemin » et « Scheid » qui signifie « séparation ».
Nous sommes donc à la séparation des chemins. Nous quittons la route nationale pour remonter la rue du Soultzbach. Nous garons notre voiture sur le parking qui se trouve à côté du réservoir. Nous sommes à 531 mètres d’altitude. C’est ici que commence notre randonnée. Nous sommes dans le fief du Club Vosgien de Masevaux. C’est l’occasion pour moi d’avoir une pensée pour mes amis de club, et particulièrement pour mon ami Jean-Louis, responsable des randonnées. Comme je sais qu’il est un fidèle lecteur de mon blog, j’en profite pour le saluer cordialement. Salut Jean-Lou !
Après avoir chaussé nos chaussures de montagne et enfilé nos sacs à dos, nous nous mettons en route. Il est un peu plus de 9 heures. Nous remontons le Soultzbach sur 470 mètres. Nous bifurquons à gauche en direction du Stahlberg (alt. 839 m). Nous remontons le cours d’un ruisseau. Très vite, le chemin devient très raide. Alors que les sommets sont déjà bien ensoleillés, nous progressons dans une clarté encore indécise et dans la fraîcheur d’un matin d’hiver. Le bonnet de laine et les gants ne sont pas un luxe. C’est l’heure où le manque de couleurs plus que le manque de lumière, donne à la montagne un visage fermé, presque inhospitalier.
Notre chemin se redresse de plus en plus. Ça surprend. Le dénivelé est de 22,58 %. Cela n’incite pas à la discussion. Chacun monte à son rythme. Jean-Pierre accuse le poids des ans. Il a le souffle court. Son cœur bat très fort. Je l’attends à mi-pente.

Nous attaquons une montée en zigzag. Malgré sa déclivité, l'étroit chemin présente un attrait particulier. Nous entrons dans le rayonnement de l'astre du jour bien qu'il soit encore avare de
chaleur. Lacet après lacet nous prenons de l'altitude. Notre marche n'a rien d'une flânerie pour mon compagnon. Ce n'est cependant pas une grimpée aussi âpre que celle du couloir du Falimont
dans le massif du Hohneck.

Nous parvenons à un joli chalet en rondins qui domine la vallée de la Doller. L'endroit n'est pas encore éclairé par le soleil. Il est balayé par un vent frisquet.
Nous jetons un coup d'oeil furtif à l'intérieur du chalet. Il a l'air confortable. Tout y est prévu pour passer un bon moment bien au chaud.
Nous en faisons le tour, puis nous reprenons notre chemin. Je désigne à Jean-Pierre le massif des Vogelsteine où nous allons. Nous remarquons que les arbres sont recouverts de givre. Il doit faire froid là-haut. En tout cas, c’est magnifique.
Notre sentier descend légèrement. Il a été défoncé par les engins de débardage. Nous arrivons à la route forestière qui monte au Belacker. Des fûts abattus dorment au soleil. Là nous prenons à droite un étroit sentier qui s’engouffre dans la forêt.
Nous longeons le flanc escarpé de la montagne.
La pente est abrupte et le terrain glissant. Certains passages sont sécurisés.

Nous pénétrons dans la forêt du Nablas. C’est une forêt profonde dans laquelle résonne le bruit des cascades.

La forêt occupe ici 88 % du territoire.

L’étroit sentier serpente entre les arbres et les rochers. Par moments, nous sommes obligés d’enjamber les racines des gros arbres et franchir des ruisseaux.

Le décor est très sauvage. Nous avons l’impression de traverser un endroit secret. La magie de la forêt opère. J’affectionne ce genre d’endroit. Une forêt a son atmosphère, sa lumière, son
clair-obscur, ses ombres.
Nous arrivons au Durrenfels.

Nous jouissons d’un vaste panorama sur la vallée de la Doller. Devant nous, le spectacle de la montagne vosgienne avec ses formes arrondies.
Brusquement le silence est rompu. Au-dessus de nous, des éclats de voix attirent notre
attention. Une joyeuse troupe vient d’arriver au Fuchsfelsen. Grisés semble-t-il par le panorama qui s’offre à leurs yeux depuis le belvédère, certains poussent des « Ou-ou……Ho-ho… ». Il ne manque plus qu’un jodler. L’un d’entre eux qui a une voix qui porte, appelle sa femme : « Simone…tu
montes ?.. ». C’est ainsi que nous apprenons que l’une des membres de cette joyeuse troupe s’appelle Simone. Fini le calme des grands espaces. La faune doit être apeurée. C’est sûr,
nous n’apercevrons pas de chamois aujourd’hui.

Nous gagnons à notre tour le Fuchsfelsen (alt. 1 021 m) qui, Dieu merci, a retrouvé son calme entretemps. C’est un piton rocheux impressionnant. Rectiligne, taillé avec la netteté d’un coup de
hache, il se dresse au-dessus de la forêt.

Il fait partie de ce groupe de rochers dont certains atteignent 30 à 35 mètres de haut : les Vogelsteine (ou rochers aux oiseaux) aussi appelés Falkensteine (rochers aux faucons). On a
l’impression qu’ils sont prêts à crouler dans le vide. Nous nous imprégnons du calme et de la sérénité des lieux. Nous sommes entourés d’une immobilité qui nous confronte à l’échelle du temps.
Notre existence se mesure en années alors que celle de ces géants de pierre se mesure en millions d’années.
Nous nous hissons jusqu’au sommet en nous aidant du câble d’acier fixé dans la roche, car le rocher est recouvert de glace. Nous arrivons sur la petite plateforme de trois mètres sur trois qui offre un point de vue sublime.
Nous rendons hommage aux bénévoles qui ont aménagé ce site. C’est grâce à eux que nous
pouvons profiter des richesses de la montagne.

Nous montons en direction du Sattelboden. De là nous gagnons la crête par une montée très raide. Les arrêts se font de plus en plus nombreux afin de
permettre à Jean-Pierre de reprendre son souffle. Il ne s’agit pas de dépasser ses limites, mais de se faire plaisir.

Nous parvenons sur la crête. Devant nous se profile le débouché de la vallée de la Thur que domine le Thannerhubel (alt. 1 882 m). Au col entre le Rossberg et
le Thannerhubel, le refuge du Ski Club Thann semble monter la garde.
Nous bifurquons à droite en direction du sommet du Rossberg. Derrière la ligne de crête figée par le gel, une multitude de formes blanches, mystérieuses et majestueuses, se dresse vers le
ciel. Les glaciers brillent au soleil.
Nous sommes pressés d’arriver au sommet pour jouir du vaste panorama. Je fonce. Mes pas
martèlent la fine couche de neige. Jean-Pierre suit à son rythme. « Dur, dur ! » s’exclame-t-il en me rejoignant au sommet.
Alors même que la vue n'est pas l'unique attrait de nos randonnées, qu'elle n'est pas notre unique stimulant, elle est cependant un élément primordial du moment solennel qu'est l'arrivée au
sommet. Elle exalte la joie d'avoir atteint un but.
Il est 12 h 45 lorsque nous parvenons au sommet du Rossberg (alt. 1 191 m). Nous
restons tout pantois à la vue du vaste panorama qui s’offre à nos yeux. Nous devons chausser nos lunettes de soleil tant la luminosité est
intense. A nos pieds, la plaine du
Rhin, le Sundgau, la Porte de Bourgogne, le Jura bâlois, alsacien, bernois et neuchâtelois. Dans le fond, l’immense et merveilleux front alpin qui, du Säntis au Mont Blanc, égrène ses perles sur
250 km de long, à 160/230 km de distance ! J'essaie de mettre un nom sur certains sommets : le Wetterhorn, le Schreckhorn, le Finsteraarhorn, l'Eiger, le Mönch et la Jungfrau. Très
vite, je déclare forfait. Nous nous contentons d’admirer cette succession de pics et d'arêtes. Je tente d’immortaliser cet instant magique avec mon appareil photo.

Nous décidons de faire une pause à l’abri du vent, sous les rochers. Notre Dame du Rossberg, nichée dans une cavité de la roche, veille sur nous. Assis parterre, le dos appuyé contre la paroi
rocheuse, nous ouvrons nos sacs à dos. On sort les sandwichs et la thermos.
Trois autres touristes arrivent au sommet. Ils décident eux aussi, de « bivouaquer » sous le rocher, à l’abri du vent, profitant du soleil …et du panorama. Nous retiendrons qu’ils sont suisses, et que l’un d’eux s’appelle Adrien. Ils sont montés depuis le col du Hunsrück. Nous partageons ce moment de contemplation avec eux.
Notre équipée reprend une demi-heure plus tard. Nous prenons la direction du Belacker.
Nous ne sommes pas tout seul à profiter de cette belle journée. D’autres marcheurs sillonnent le massif.
Le sentier épouse les rondeurs de la ligne de crête. Nous marchons sous un ciel d’azur. Des avions sillonnent le baldaquin céleste en laissant dans leur sillage des trainées blanches. Sur notre droite, nous pouvons admirer la vallée
de la Thur dominée par le Grand Ballon à la silhouette altière, coiffé de son radar réalisé par l’architecte Claude Vasconi. Il semble être fier d’être le plus haut sommet des Vosges.
A sa droite, le massif du Molkenrain dont nous décryptons les détails. Cela nous permet de nous remémorer notre récente randonnée automnale sur ses
flancs.
Nous passons au-dessus des Vogelsteine (alt. 1 181 m).

Nous abordons à présent une courte mais raide descente. Nous devons nous méfier des rochers rendus glissants par la neige et la glace. Nous arrivons à un col entre les Vogelsteine et le
Bannberkopf. Nous profitons d’une belle vue sur le fond de la vallée de St Amarin.

Nous bifurquons à gauche pour passer sous les rochers. Nous suivons un étroit sentier qui longe le flanc de la montagne.

J’aperçois un peu plus haut une belle cascade. Elle m’attire. J’ai envie de m’en approcher. J’abandonne quelques instants mon ami sur l’étroit sentier, et m’engage en travers de la pente abrupte
en assurant mes appuis. Parvenu au pied de la belle cascade, je l’admire, je l’écoute. Elle me parle. Elle me dis qu’elle n’est pas seulement jolie, mais qu’elle est surtout source de vie. Que
ferions-nous sans eau ? Comment ne pas penser à ceux qui, à des milliers de kilomètres de là, manquent cruellement d’eau ? Comment ne pas songer au réchauffement de la planète et à ses
conséquences ?

Nous arrivons au premier surplomb. Nous prenons le chemin qui part sur notre gauche pour redescendre sur Wegscheid en passant par l’Engelberg.
Nous jetons un dernier regard en arrière vers le massif que nous venons de parcourir,
puis nous nous engouffrons dans la forêt. Le décor est très sauvage.
Nous descendons dans un vallon tout bruissant d’eaux vives.

Tout en bas, entre le Pfaffenberg et le Kaltenrain, les ruisseaux se
rejoignent.
Il est 15 h 15 lorsque nous retrouvons notre voiture. Après une si belle journée
succédant à plusieurs jours de pluie, j'en suis venu à me demander laquelle de nos deux bonnes étoiles nous ont favorisés. Finalement, après mûre réflexion, je suis arrivé à
la conclusion qu'une telle chance ne pouvait être que l'oeuvre de nos deux bonnes étoiles réunies.
« Il n'y pas de racines à nos pieds, ceux-ci sont faits pour se mouvoir »
(David Le Breton)