Une fois de
plus, nous avons décidé de nous rendre en Franche Comté. Nos amis franc-comtois Eustache et Karine nous ont promis une randonnée riche en découvertes de sites naturels et
historiques. Nous n'avons pas été déçus. Merci à eux !
Lorsque
nous prenons la route de St Hippolyte dans le Doubs, nous sommes enthousiastes. Après plusieurs jours de pluie, le soleil est revenu. Nous sommes bénis des dieux. Pourtant lorsque nous arrivons à
St Hippolyte, nous sommes enveloppés d’un épais brouillard. En plus il fait froid.
Il est 9 h 30 lorsque nous quittons le parking situé au bord du Doubs. Nous montons vers l’ancienne gare aujourd’hui école maternelle. Nous repérons sur une pierre le balisage bleu et jaune que
nous suivons jusqu’au carrefour du Moulin Neuf où se trouve un panneau d’information sur les sentiers pédestres de la région. Nous bifurquons à droite pour monter à la Chapelle du Mont. Pas de
chance : le sentier qui y monte est condamné par arrêté municipal en raison du risque d’éboulements. Que faire ? Nous repérons un peu plus loin deux traits bleu et jaune sur un lampadaire
ainsi que le marquage rouge et blanc propre aux sentiers de grande randonnée. Nous sommes rassurés.
Nous nous dirigeons vers le Camping des Grands Prés. Juste avant l’entrée du camping, un sentier bien fléché monte sur notre gauche. C’est le sentier de grande randonnée GR 5. Nous le suivons.
Rapidement nous prenons de la hauteur. Le terrain est très glissant, boueux à souhait. Le bas de mon pantalon est vite maculé. Jean-Pierre a eu la
bonne idée de mettre ses guêtres. Cela ne l’empêche pas de se retrouver sur les mains. Ce sont les joies de la glisse !
Alors que nous progressons difficilement, un voile diaphane persiste à vouloir nous envelopper. Cela nous
irrite un peu. Et dire qu’en partant de chez nous le ciel était d’une grande pureté jusqu’à notre arrivée à St Hippolyte. Le bon dieu aurait-il changé d’avis à notre sujet ? J’en viens à
regretter d’être venu par ici. Nous aurions mieux fait d’aller user nos semelles dans les Vosges ! En plus, on ne voit pas grand-chose dans ce sacré brouillard. Il est difficile de se
repérer. Heureusement qu’il y a de temps en temps un trait de peinture sur une pierre ou sur un arbre. En voilà que nous ne pouvions pas rater !
Nous passons au lieu-dit « Les Seilles ». On distingue vaguement les formes d’une bâtisse dans la
brume. Nous arrivons à un carrefour. Nous hésitons. Un panneau indique la direction de Montjoie-le-Château. Il n’y a aucune indication en ce qui concerne la Grotte du Bisontin où nous souhaitons
aller. Apparemment nous ne sommes pas dans la bonne direction. Après un instant d’hésitation et après avoir consulté la carte, nous décidons de prendre la direction de Montjoie-le Château. Nous
verrons bien où nous atterrirons. Nous progressons à flanc de coteau entre pâtures et forêt, dans un brouillard intense à couper au couteau qui semble vouloir s’accrocher à ce flanc de montagne.
Nous parvenons à La Petite Roche. Nous apercevons un rocher recouvert de mousses et de lichens par-dessus lesquels les gouttelettes d’eau roulent
comme la pluie sur un parapluie. Dommage que le soleil ne soit pas de la partie ! C’est surprenant comme relief.
Notre chemin s’élève à présent dans la forêt. Un coup d’œil vers le ciel nous laisse entrevoir l’astre du
jour à peine voilé par quelques lambeaux de brume. Il n’est plus très loin. Nous reprenons espoir. En gagnant de l’altitude, nous devrions bientôt nous retrouver au-dessus de la mer de
brouillard. Un ruisseau traverse notre chemin. Merci c’est sympa ! Un peu plus loin, nous passons à côté d’une vieille ferme aux volumes imposants. C’est semble-t-il la ferme de la Grosse
Roche. Juste à côté, une cascade dévale la pente. Nous traversons un pré où subsistent des restes d’un feu de bois. Ce doit être un endroit superbe pour pique-niquer…quand il fait beau et que la
vue est dégagée.
Nous continuons à monter dans la forêt. Soudain nous découvrons au bord du chemin, un panneau qui nous informe que nous arrivons au Château de la Roche. Nous franchissons deux bornes gravées aux armes des Comtes de la Roche. Je regarde autour de moi et j’essaie de deviner à travers le brouillard une masse qui pourrait ressembler à un château. Point de château en vue. Alors que je lève les yeux vers le ciel, je crois deviner de gros nuages blancs. Cela voudrait-il dire que nous sommes sur le point d’émerger au-dessus de la nappe de brouillard ? Mais non !...ce ne sont pas des nuages. Nous sommes au pied d’imposantes falaises blanches. De gigantesques parois se dressent au-dessus de nos têtes. Nous en restons bouche bée. Cette soudaine apparition derrière le voile de brume, a quelque chose d’irréel.
Telle une belle femme qui laisse deviner ses charmes à travers une tenue vaporeuse, les ruines d’un ancien moulin se dressent devant nous.
Ce moulin était alimenté en eau par la cascade de la résurgence de La Tannerie, une rivière souterraine issue
des entrailles de l’imposante falaise qui surplombe les lieux. Nous guettons le moment propice où le voile de brume se déchire, pour faire des photos.
Nous traversons prudemment la rivière sur un petit pont en bois très glissant. Puis nous continuons à monter
dans la forêt. Nous arrivons à une croisée de deux chemins. Sur un arbre nous apercevons un panneau avec un blason d’azur à la croix d’argent et quatre anneaux d’or. Nous sommes au pied des
vestiges du Château de la Roche.
Le sentier balisé continue tout droit ; un autre non balisé part sur notre gauche. Ce sentier très escarpé m’intrigue. J’ai envie de savoir où il mène. Tant pis si nous allons faire un petit
détour. J’arrive facilement à convaincre mon compagnon d’aller voir. Un panneau met en garde contre les risques de chutes de pierre. Nous montons donc avec prudence. Brusquement, nous sentons un
souffle d’air chaud. Le contraste est surprenant. De toute évidence nous entrons dans une zone où le soleil a déjà bien réchauffé l'atmosphère. Nous avons l’impression de passer au-dessus de la
couche nuageuse. Et comme pour nous prouver que notre impression est la bonne, les falaises s’offrent à nous, fières, majestueuses. Nous en restons muets.
Le changement de décor est radical. Nous débordons de superlatifs. Nous sommes émerveillés comme des enfants
qui ouvrent un paquet cadeau. Pour un cadeau c’est un sacré cadeau. Il est de taille. Au dépit succède l’enthousiasme.
Derrière nous, la vallée du Doubs noyée dans le brouillard.
C’est comme si nous avions quitté le monde des ténèbres pour accéder au monde de la lumière.
Du bas du cirque rocheux nous parvient le bruit de la cascade de la résurgence que nous avons visitée tout à l’heure.
Nous continuons à monter, comme attirés par je ne sais quelle autre découverte.
Nous sommes bien inspirés puisqu’au bout de quelques lacets, une autre merveille nous attend.
Nous débouchons à l’aplomb d’un formidable porche de 15 mètres de large et 50 mètres de haut !
Nous pénétrons dans la grotte comme l'on entre dans une église, en silence, avec respect.
La haute galerie se prolonge sur plus de 100 mètres sous la roche.
L’ambiance de cette grotte est très particulière. Sa luminosité lui donne une solennité qui ne nous laisse pas indifférents.
Au fond à gauche,
un boyau descendant conduit à la rivière souterraine.
Nous sommes subjugués par la grandeur de cette grotte.
Elle faisait partie du Château de la Roche qui était l’un des rares châteaux troglodytes de France Comté. Elle pouvait abriter une très importante population.
Le Château de la Roche a été édifié par les Comtes de la Roche entre les XIème et XIIème siècles. Situé à
l’écart des routes, il servait essentiellement de refuge. Il a été rasé sur ordre de Louis XIV.
La grotte est un site classé. Elle constitue l’un des gisements paléolithique, archéologique et historique
les plus importants de France Comté. Elle contient des vestiges de la faune des périodes glaciaires, des traces d’occupation néolithique et
gallo-romaine sous les aménagements médiévaux.
Nous redescendons pour retrouver le sentier de grande randonnée que nous avons
laissé tout à l'heure.
Nous montons dans la forêt pour finalement déboucher sur un grand pré d'où nous dominons la vallée du
Doubs.
Nous montons jusqu'au lieu-dit « Les Baraques » (alt. 719 m).
De là nous gagnons le lieu-dit « Les Prés du Haut ».
Il est 12 h 08 : nous décidons de faire une pause au-dessus des falaises des Sapois.
Nous nous installons confortablement sur des rochers au milieu de la pâture (on se demande comment ils sont
arrivés ici). Nous sommes en face de la Grande Côte.
C’est un endroit qui me rappelle bien des souvenirs. J’y ai passé à plusieurs reprises avec ma chienne Patty, à l’occasion d’un raid pédestre à but humanitaire au profit de l’Ecole Alsacienne de
Chiens Guides d’Aveugle.
Notre pause ne durera pas longtemps car le vent se lève et des bancs de nuages s’amoncellent dans le
ciel.
Jean-Pierre met son anorak et s’envoie une rasade de chocolat chaud. Il m’en propose. Je décline son offre préférant accompagner mon casse-croûte d’un Château La Pompe.
Nous reprenons donc notre chemin au bout de 20 minutes.
Nous commençons à redescendre en direction des falaises. Très vite j’ai un doute quant à la pertinence de la
direction que nous sommes en train de prendre. Nous devrions passer au-dessus des falaises et non en contrebas. Je sors la carte qui confirme que nous ne sommes pas dans la bonne direction. Nous
remontons sur le plateau. Alors que nous nous engageons dans la forêt, nous trouvons un poteau indicateur qui git au sol. Il a été bien malmené puisque les flèches directionnelles sont cassées.
Je le replace dans le bon sens ce qui nous permet de retrouver notre chemin. Il nous mène effectivement au-dessus des falaises.
Il nous offre de belles échappées sur la vallée du Doubs.
Avec prudence nous nous approchons du bord de la falaise. L’endroit n’est pas sécurisé.
Nous dominons le cirque rocheux de la Grotte de la Roche où nous étions précédemment.
Quelle superbe paroi ! Derrière une aiguille de calcaire nous devinons l’entrée de l’immense porche de la grotte. Nous percevons le bruit de la
cascade.
Nous continuons de suivre le couronnement des falaises par un étroit chemin forestier en montagne russes.
Nous traversons les Bois de Vaubierge. Nous aboutissons sur la route de Montécheroux. Nous montons jusqu’au
carrefour de Chamesol.
Là nous prenons un sentier qui redescend sur la gauche en direction de St Hippolyte par les Charrières. Mais
arrivés au lieu-dit « Viaton », nous bifurquons à droite en direction de Liebvillers.
C’est un étroit sentier en sous-bois, sinueux, escarpé et en montagnes russes, qui nous conduit au-dessus des
falaises de St Hippolyte.
Le danger est omniprésent. La prudence est de rigueur.
Nous longeons pendant un kilomètre et demi la falaise.
Nous profitons encore de quelques points de vue sur St Hippolyte et les plateaux environnants.
Nous suivons le couronnement des falaises. Le rebord de la falaise nous offre encore une surprise : nous
passons au-dessus d’une arche naturelle. Ce doit être un ancien abri sous-roche qui s’est effondré dont il ne subsiste que le porche.
Je ne résiste pas à l’envie d’y descendre. Je repère un petit couloir par lequel il me semble facile d’atteindre l’arche. Jean-Pierre n’est pas
rassuré. Je suis curieux de savoir ce qu’il y a derrière. Jean-Pierre essaie de me dissuader d’y aller. Je descends prudemment, pas à pas, la pente raide jusqu’à une vire située de l’autre
côté du porche au-dessus d’un à pic. Jean-Pierre me surveille d’en haut. Ma curiosité satisfaite, je remonte doucement en prenant appui sur mes bâtons de marche comme un alpiniste sur son
piolet.
Allez, on se remet de ses émotions et on continue. Nous arrivons au bout des falaises.
Nous descendons par un sentier très escarpé. Là encore la prudence s’impose.
Au bas d’un rocher, au ras du sol, un petit gouffre nous tend un piège. Nous saurons l’éviter.
Nous longeons la clôture d’un parc à sangliers. Notre sentier continue par la droite le long de la falaise.
Puis, soudain, nous tombons nez à nez avec l’un des plus beaux sites naturels de Franche Comté (pas moins) : la formidable arche naturelle des Baumes Berceau.
Elle est accompagnée de son abri sous-roche connu sous l’appellation « la Grotte du
Bisontin ».
L’abri sous-roche est profond de 18 mètres et large de 7 mètres.
Il aurait été occupé à deux époques préhistoriques différentes, l’Aurignacien (- 25 000 ans) et le
Magdalénien
(- 12 000 ans).
Quelques outils y ont été retrouvés (grattoir, couteau, aiguille en os, burin, perçoir).
Nous descendons le sentier abrupt pour rejoindre un chemin carrossable qui va nous mener à Noirçure.
Nous rencontrons deux chasseurs. Voyant nos bâtons de marche, ils nous demandent si nous avons fait du ski (?). No comment. Ils nous demandent d’où nous venons. Je leur réponds « de
Mulhouse ». « Ah, d’où cet accent ! » me répondent-ils avec un fort accent franc-comtois. A chaque région le sien. C’est notre marque de fabrique. En tout cas, quand j’écris
je n’ai pas d’accent ! Tout au plus j’en mets un sur les lettres quand il en faut un.
Après ce petit intermède, nous continuons notre route.
Nous traversons les pâtures sous les falaises jusqu’à Rosières.
Notre fin de parcours est un peu gâchée par les odeurs nauséabondes qui nous parviennent de l'usine d'éponges
cellulosiques située en contrebas. On se demande comment les gens qui habitent ici arrivent à supporter cela.
Nous gagnons la Chapelle du Mont d’où nous pouvons apercevoir St Hippolyte lové au creux des vallées, à la confluence du Doubs et du Dessoubre. Nous faisons la connaissance d’un ancien garagiste
de St Hippolyte, aujourd’hui à la retraite (il a 75 ans et bon pied bon œil puisqu’il va danser tous les dimanches). C’est un monsieur très sympathique qui entretient les abords de la chapelle
alors que sa sœur s’occupe de l’intérieur. Il nous indique que lorsque St Hippolyte est dans le brouillard le matin, c’est signe de beau temps. Je lui demande de bien vouloir passer le bonjour à
mon ami Michel Tüscher, maire de la commune voisine de Soulce Cernay, qu’il connaît bien.
Un petit sentier bucolique nous ramène au Moulin Neuf. De là nous suivons la route jusqu’à notre point de
départ.
Il est 16 h 30 lorsque s’achève notre randonnée.
En définitive, nous avons effectué ce parcours dans le sens contraire à celui que nous avions prévu
initialement. C'est tant mieux, car nous n'aurions pas voulu nous retrouver au bord des falaises en plein brouillard. De plus, la montée est moins raide dans ce sens.
Sur le chemin du retour, nous nous arrêtons à la Fruitière du Lomont pour nous approvisionner en spécialités franc-comtoises (solides ...et liquides comme il se doit !).
Comme l’écrit Yves Paccalet dans « Le bonheur en marchant » : « J'ignore si ma vie a un sens ; mais ma marche a un but : mettre un pied devant l’autre ; et recommencer jusqu’à ce que joie s’ensuive ».