Mercredi 2 décembre 2009 3 02 /12 /2009 17:38

Les précipitations de ces derniers jours ont recouvert les sommets vosgiens d’une bonne couche de neige poudreuse. Nous avons été tentés d'aller faire un tour sur les crêtes. Nous avons été bien inspirés puisque cette randonnée hivernale nous a permis d’en prendre plein les yeux.

 

 

                                                                          

 

Pour cette première sortie hivernale, notre duo s’est transformé en trio : mon fils Raphaël s’est joint à nous.

 

Une fois de plus, le beau temps est de la partie : quelle aubaine !

 

J’ai proposé à mes compagnons d’aller faire un tour sur les Hautes Chaumes, au fond de la vallée de Munster, dans le secteur du Lac du Forlet aussi appelé Lac des Truites. Ni l’un ni l’autre ne connaissait cette région des Hautes Vosges.

 

Nous voilà donc partis pour le Col du Wettstein (alt. 884 m) au-dessus de Soultzeren dans la vallée de Munster.

 

Pendant notre trajet automobile jusqu’au point de départ de notre randonnée, nous scrutons les sommets. Ils ont l’air bien enneigés.

 

Alors que nous nous engageons dans la vallée de Munster, la tension monte.

 

Après avoir passé Wihr au Val, nous apercevons la silhouette altière du Rothenbachkopf qui barre le fond de la vallée. Nous traversons Munster et prenons la direction du Col de la Schlucht. Après avoir traversé Soultzeren, nous bifurquons à droite en direction du Col du Wettstein. La route en lacets nous offre de beaux points de vue. Bientôt nous atteignons le col du Wettstein, point de départ de notre randonnée.

 

Il est 9 h 48 lorsque nous nous mettons en route. Un groupe de randonneurs nous précède.

Dès les premiers mètres, nous montons par un chemin forestier assez raide. Heureusement, nous arrivons rapidement sur un plateau.

 

   

Lorsque nous débouchons de la forêt, un magnifique panorama s’offre à nos yeux. La montagne a revêtu sa belle pelisse blanche. On distingue au loin le Hohneck flanqué du Petit Hohneck. On devine le cirque glaciaire du Frankenthal et le couloir du Falimont.

 

 

 

Au fond de la scène, les Alpes sont au rendez-vous, telles une armée en marche. 

 

 

Nous passons au-dessus du hameau des Hautes Huttes (alt. 987 m).

 

  
 

Nous longeons le flanc sud du Haufenwannkopf.

 

Le sentier est pentu et accidenté. La couche neigeuse est de plus en plus épaisse. Elle craque délicieusement sous nos pieds. Par endroits, la neige cache des rochers dont nous devons nous méfier car ils sont verglacés.

 

  

Nous dépassons le groupe de randonneurs qui nous précédait, non sans avoir échangé quelques civilités.

Nous parvenons au lieu-dit « Altenkray » (alt. 1 080 m).

 

 

 

Nous passons à côté de la ferme-auberge du Kreywasen.

 

 

De là, un large chemin forestier nous mène jusqu’au Lac des Truites qui est aussi appelé Lac du Forlet, déformation du mot allemand " Forelle " qui signifie " Truite ".

 

 

 

C’est le plus haut lac du massif vosgien avec ses 1 066m d'altitude. Il est situé dans un magnifique cirque glaciaire, dominé par les crêtes et les Hautes Chaumes.

 

 

Mes compagnons sont émerveillés. Nous regardons tout autour de nous.

 


Nous contournons le lac par la gauche. Des traces de gibier mènent à la forêt toute proche.

 

 

Au-dessus de nous, les falaises abruptes du Gazon de Faing semblent grignoter le ciel bleu.

 

 

Nous pénétrons dans un monde minéral enveloppé de blanc.

 

 

Je désigne à mes compagnons le couloir par lequel nous allons accéder à la crête.

 

 

Nous montons à la ferme-auberge du Forlet située au-dessus du lac. Nous croisons un jeune couple accompagné d’un jeune Labrador qui nous fait la fête. Ils nous demandent où nous allons. Raphaël leur indique que nous avons l’intention de monter sur la crête. Ils nous informent que le mauvais temps est annoncé pour cet après-midi. On verra bien.

 

 

Derrière la ferme-auberge, une passerelle en bois a été aménagée par le Club Vosgien.

 

 

Nous abordons à présent un chemin assez raide.

 

 

Par endroits, des marches sont aménagées. Il faut parfois lever le pied assez haut.

 

 

Nous prenons rapidement de l’altitude. Raphaël marque une pause et en profite pour boire. En montagne, la hâte n'est pas une vertu. Nous en profitons pour admirer le paysage qui s'étale à nos pieds, tel un livre ouvert.

 

 

Chacun de nous monte à son rythme, mais nous sommes animés de la même énergie, partageant le même plaisir de marcher dans l'immensité blanche, libres, tellement libres.   

 

 

Nous croisons une jeune femme qui vient du col de la Schlucht. Elle nous informe que la couche neigeuse est assez importante sur les crêtes.

 

 

Au fur et à mesure que nous montons, les arbres deviennent rares. Nous sommes poussés par le désir secret de découvrir les multiples aspects de la nature.

 

 

Nous débouchons à gauche de l’Altenkraehkopf  (alt. 1 277 m). 

Nos efforts sont récompensés par un panorama époustouflant.


Les efforts 
déployés pour surmonter les difficultés et arriver jusque là, ainsi que l'influence exercée par la montagne sur nous, c'est ce qui donne un sens profond à notre randonnée.

   

Nous rejoignons le sentier de grande randonnée GR 5 qui relie le Col de la Schlucht au Col du Calvaire.


 

Un vent glacial se met à souffler. C’est un vent tranchant, qui ne transporte aucune odeur, qui parle de steppe, de toundra, de vastes espaces blancs.

 

 

Nous suivons la ligne de crête en direction du Col de la Schlucht.

 

 

On a l’impression que la nature a retrouvé sa pureté originelle. 

 

 

Nous traversons la Réserve Naturelle du Tanet-Gazon de Faing pour atteindre le Soultzener Eck (alt. 1 302 m).

 

 

De là nous rejoignons les rochers du Taubenfelsen (alt. 1 299 m). C'est une enchevêtrement de rochers de granit qui surplombent le cirque glaciaire du Lac du Forlet.

 

 

Les blocs sont recouverts d’une bonne couche de neige fraîche. Nous essayons tout de même de grimper dessus. Raphaël est le premier à parvenir sur l’étroite plateforme. Il me tend la main et m’aide à m’y hisser. Jean Pierre suit. Quelle merveilleuse sensation que de parvenir ainsi au sommet d’une montagne, toute modestie gardée. Nous avons l’impression d’être seuls au monde.

 

 

Il est hors de question de s’arrêter là pour manger. Nous décidons de continuer jusqu’au Lac Vert pour nous mettre à l’abri. Jean-Pierre sort un sachet de fruits secs. Le sachet passe de main en main. Çà fait du bien. Nous nous extirpons prudemment du chaos de pierre. Chacun de nous en redescend à sa manière.

 

 

 

Nous continuons en direction du Gazon de Faîte (alt. 1 303 m).

 

 

Le vent souffle en petits tourbillons rageurs. Il fait courir sur la neige une fine pellicule de grésil formant ici et là des congères, ou s’accumulant derrière les obstacles, un arbre ou un piquet de clôture.

 

 

Il se calme par moments, puis reprend selon l'endroit où nous nous trouvons.

 

Le froid et la neige n’entravent pas notre marche, même si parfois ils la ralentissent.  

Comme les mécanismes d'acier et de fonte, celui de l'homme a ses règles inéluctables pour bien fonctionner et fournir à l'occasion un effort particulier. Plus notre corps est préparé en vue de ce que nous allons exiger de lui, moins grande sera la dépense d'énergie. Dès lors nous jouissons plus complètement de notre excursion, puisque la fatigue ne vient pas l'assombrir.  

 

 

 

Nous arrivons à une table d’orientation. Après avoir balayé d’un revers de la main la neige qui la recouvre, nous essayons d’identifier les paysages lointains. Nous avons un doute en ce qui concerne une ville que nous apercevons au loin (Saint-Dié ou pas ?...). Nous n’avons pas le temps de nous appesantir sur la question d’autant plus qu’il fait froid.

 

 

 

Nous prenons la mesure de notre place dans le monde.

 

  

Nous quittons la ligne de crête pour prendre la direction du sentier panoramique.

 

 

Le sentier est recouvert par la neige. Nous devons le deviner. Nous essayons de suivre des traces de pas qui doivent être celles de la jeune femme que nous avons croisée plus tôt. De temps en temps nos pieds s’enfoncent dans la neige jusqu’aux chevilles. Nous devons parfois franchir des congères. C’est assez fatiguant. Des raquettes seraient très utiles. 

 

 

Nous passons par le lieu-dit « Ringbuhl ».

 

Nous descendons au lieu-dit « Dreieck » (alt. 1 225 m) alors que des bancs de nuages commencent à envahir le ciel par l’ouest, signe de mauvais temps.

 

 

De là nous descendons au Lac Vert ou Lac de Soultzeren (alt. 1 053 m).

 

 

Le vent cesse brusquement. Nous sommes à présent à l’abri.

 

Le Lac Vert doit son nom à la couleur qu'il prend en été et qui est due à la prolifération de plantes aquatiques. C'est un lac naturel dont on a surélevé le niveau pour en faire une réserve d’eau.

 

Il est 13 h 30 lorsque nous arrivons au Lac Vert.

 

 

Nous contournons le lac pour aller nous installer près d’une cascade où nous décidons de faire une pause. Le petit banc qui fait face au lac est recouvert de neige. Là encore, nous balayons la neige d’un revers de la main. Mais le banc est mouillé. Raphaël ne craint pas de s’y asseoir étant donné qu’il a revêtu une combinaison. Jean-Pierre et moi préférons poser nos séants sur un rocher.

 

Le chant de la cascade accompagne notre repas frugal. Nous mordons dans nos sandwichs avec appétit. Chacun sort sa thermos, et pour cause. Il faut se réchauffer. Jean-Pierre va même jusqu’à s’en mettre un peu partout. C'est pas trop grave.

 

Nous repartons à 13 h 44. Nous traversons une petite passerelle en bois pour longer la rive du lac sous le Tanet.

Nous empruntons un petit sentier très escarpé.

 

 

Nous passons à côté d’une jolie cascade.

 

 

Parvenus au barrage, nous jetons un dernier regard sur ce site qui, en été, doit grouiller de monde. Aujourd’hui, par la magie de l’hiver, la nature semble endormie, figée. Le temps semble retenir son vol. Nous ne manquons pas de saisir cet instant.

 

 

Nous passons à droite du déversoir, et descendons en direction du Col du Wettstein.

 

Nous suivons un chemin forestier à flanc de montagne. C'est un chemin qui est monotone. Nous marchons un peu par automatisme. Pour rompre cette monotonie, nous échangeons des propos divers. Nous refaisons le monde en quelque sorte.

De temps à autres, de gros rochers surplombent notre chemin côté amont, alors que du côté aval, la pente est très abrupte.
Un véhicule tout terrain nous dépasse. A voir la tenue de ses occupants on peut aisément penser que ce ne sont pas des marcheurs.

 

Nous passons par le lieu-dit «  Stillenbach » (alt. 960 m). C'est un lieu qui est effectivement très isolé.

 

Nous passons au Rappenkopf (alt. 958 m).

Après être remontés sur quelques mètres le chemin forestier qui monte au Lac du Forlet, nous bifurquons à droite. Nous devons être très vigilants, car à mi-pente un sentier encombré dans son début, part sur notre gauche pour passer au-dessus du lieu-dit « Ebène ».  
 

 

Nous rejoignons par un petit escalier en bois un chemin forestier qui va nous mener au Col du Wettstein.  


Nous passons au  lieu-dit « Musmiss » où nous observons une ferme dont le propriétaire a fait une belle provision de bois pour l’hiver.

 

 

De là nous descendons en quelques enjambées jusqu’au parking du Col du Wettstein.

 

Notre randonnée s’achève à 15 h 39.

 

Nous reprenons le chemin du retour, heureux et comblés.

 

Alors que nous roulons, Raphaël s’endort sur la banquette arrière de la voiture. Jean-Pierre pense au bon bain chaud qui l’attend chez lui. Et moi je réfléchis à notre prochaine sortie.

 

J’ai vécu cette fois-ci encore avec mes compagnons des instants de pur bonheur qui, une fois passés, ne nous sont plus accessibles que par l’écriture.

 

 

  "L'extraordinaire ne se produit pas sur les chemins plats et habituels"          (Goethe)

 

 

Par Les allumés du godillot - Publié dans : Marche et découvertes - Communauté : Marcheurs écrivains
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