Pour cette nouvelle randonnée hebdomadaire, j’ai proposé à mon cousin Jean-Pierre
de lui faire découvrir le Ban de la Roche dans la vallée de la Bruche.
Le Ban de la Roche est situé dans le
département du Bas-Rhin, plus précisément dans le canton de Schirmeck. Il est constitué de deux vallées parallèles : la vallée de la Rothaine et la vallée de la Schirgoutte, séparées par le
Col de la Perheux. C’est une région de plateaux s’élevant en étages.
« Ban de la Roche » est le nom d'une ancienne seigneurie
devenue par la suite comté, dont le siège administratif était le château de la Roche puis celui de Rothau. Le nom français de
« Ban de la Roche » est de création récente (du XVIII siècle). L’ancien terme officiel était « Steintal », ce qui peut se traduire par : la vallée au château (Stein = château et non pierre ou roche). Le mot Ban est synonyme de Burgbahn, la banlieue, étendue territoriale formant la seigneurie et administrée depuis le château de Stein.
L’homme qui a marqué cette région est un pasteur alsacien : Jean Frédéric Oberlin (1740-1826). Il a contribué à améliorer le bien-être de la population misérable de ce canton. Profondément
attaché aux valeurs humanistes, au respect d’autrui et à la responsabilité, il n’a cessé de promouvoir le progrès social à travers la transmission des savoirs. Son action modifia durablement la situation et la destinée de ces lieux et populations.
Le point de départ de notre randonnée se situe à Solbach à 656 mètres d’altitude. Nous
garons notre voiture sous deux superbes tilleuls flanqués d’un petit banc.
Il est 9 h 45 lorsque nous nous mettons en marche. Le ciel est nuageux et il fait frais. La veste polaire et le bonnet de laine ne sont pas un luxe.
Nous montons en direction du Col de la Perheux. Un chemin de terre monte doucement ce qui nous permet de nous échauffer. Juste avant d’arriver au col, nous bifurquons à droite à travers les genêts et les taillis en direction du Mont Saint Jean (750 m). Le paysage a un petit air de lande.
Parvenus au sommet, le soleil semble vouloir s’imposer.
La vue est étendue. Un beau panorama à 360° se présente à nous. C’est le moment de faire profiter Jean
Pierre de mes quelques connaissances en géographie.
Au nord, le Grand Donon reconnaissable à son pylône, flanqué du Petit Donon
à la forme pyramidale ;
à l’ouest, les Vosges de Senones ;
au sud, le Climont au pied duquel la Bruche prend sa source.
Il y a près du sommet une croix dont nous aurions aimé connaître l'histoire.

Nous descendons au Col de la Perheux (699 m) qui sépare la vallée de la
Rothaine et la vallée de la Schirgoutte.
Devant nous, le massif du Champ du Feu qui culmine à 1100 mètres. Au pied d’un arbre isolé, un banc invite à la pause. Nous déclinons son invitation car notre randonnée vient à peine de
commencer.
J’en profite néanmoins pour donner un bref cours d’histoire à Jean-Pierre (après la leçon de géographie, la leçon d’histoire s’impose).
Entre 1620 et 1621, les procès de sorcellerie ont atteint un paroxysme au Ban de la Roche, emportant un minimum de 53 victimes sur une population qui est estimée à 1 200 personnes. Le lieu des exécutions était précisément le Col de la Perheux.
Notre balade se poursuit tout droit,
sur une quinzaine de mètres, puis légèrement vers la gauche, en direction de Solomont et Belmont par le Haut des Monts (726 m).
Nous nous élevons par paliers successifs.
Nous parvenons à Solomont (689 m).
A présent, le soleil chauffe bien. Jean Pierre enlève sous anorak.
Devant nous, le site de Bellefosse sur le plateau du Bas Lachamp. Nous y serons
bientôt.

Nous atteignons Belmont. C’est un joli petit village montagnard accroché au flanc du Champ du Feu et qui domine la vallée de la Schirrgoutte du haut de ses 817 mètres. C’est le plus haut village
du Bas-Rhin.
Nous montons jusqu'à l'église. Nous aurions aimé la visiter mais les portes sont closes.
Nous admirons de vieilles fermes vosgiennes en cours de restauration, ainsi qu'une
maison en rondins en cours de construction.
Nous descendons la petite ruelle, puis nous prenons à droite un large sentier de terre en direction de Bellefosse.
Nous nous enfonçons dans le vallon de la Schirrgoutte. Nous passons par un hameau qui s’appelle curieusement
« Le Trou ». Il y a là deux anciennes fermes. Une treille à laquelle sont accrochées de belles grappes de raisin, court le long de la façade de l’une d’entre elles.
Nous cédons à la tentation. Quel délice ! Que Dieu nous pardonne.
Nous dévalons rapidement le chemin pentu qui nous permet d'atteindre le hameau de Freudeneck (628 m).
Nous traversons la route départementale qui mène au Champ du Feu, à la hauteur d'un petit abri de bois.
Nous nous engageons dans un sentier envahi d'herbes folles mais qui reste bien visible. Il traverse un petit ruisseau : c’est la Schirgoutte.

La Chirgoutte, ou Schirgoutte, plus rarement Chergoutte, est un petit affluent de la Bruche qu'elle rejoint à Fouday. Ce ruisseau au courant vif naît au flanc du massif du Champ du Feu près du
Col de la Charbonnière.
Nous remontons à présent un chemin assez raide en sous-bois pour atteindre l’abri de chasse de Bellefosse le Haut.
Là nous sommes accueillis par un groupe de chasseurs fort sympathiques.
Ils nous invitent à boire un verre et à manger un morceau.

Après ce moment de convivialité que nous avons beaucoup apprécié, nous montons à Bellefosse (681 m).

A l’entrée du village, je montre à Jean Pierre un coquet Gîte de France où j’ai séjourné
récemment. Il est enchanté. Il y ferait bien un petit séjour. Il va en parler à son épouse Gaby. Je lui propose d’aller saluer la propriétaire. Malheureusement elle est absente.
Nous poursuivons notre route. Bellefosse est un charmant petit village de montagne riche
en surprises pour qui sait ouvrir les yeux.

Il y a là de belles maisons dont certaines sont à vendre. Après avoir salué un couple sympathique sur le pas de la porte de leur belle maison, nous descendons à la Ferme Auberge
"Au Ban de la Roche" pour nous restaurer. Il est 12 h 15. Le timing est respecté.
Nous nous régalons avec une bonne soupe de potiron bien chaude et bien crémeuse, une excellente tourte et une tranche de tarte aux pommes maison. Le tout arrosé d’un Riesling comme il se
doit !
Repus, le ventre plein, nous montons par une petite route bien raide en direction de Saint-Blaise-la-Roche. C’est dur, très dur, surtout après un copieux repas (assurément trop copieux pour des randonneurs). Nous ne sommes pas très fiers. D’un commun accord nous convenons que nous ne céderons plus à la tentation. Nous devons marquer des pauses pour reprendre notre souffle. Nous en profitons pour admirer le paysage.
Lorsque nous parvenons au lieu dit Devant Lachamp (679 m) le ruban de bitume s’arrête.
Nous sommes à la croisée de plusieurs chemins. Nous optons pour le chemin qui part sur notre gauche vers le réservoir de Bellefosse. Le traitre, il part doucement et monte
brusquement !
Arrivés au point de vue, nous poussons un soupir de soulagement. Nous embrassons du regard la vallée de la Schirrgoutte. Le soleil est à présent voilé mais nous pouvons malgré tout profiter du
panorama. Au loin nous apercevons le Col de la Perheux où nous étions ce matin, duquel émerge le Donon ; sur son flanc s'égrènent les maisons de Waldersbach ; à nos pieds, Bellefosse
qui s'étire entre Les Gros Champs et La Boucherie (c'est le nom de la montagne à gauche).
Le temps de faire une photo, et nous voilà repartis "à l’assaut" des ruines du château ! Jean Pierre fulmine : la tourte ne passe pas. Il monte en zizag. Je le rassure : le
château n'est plus très loin.
Le château se dresse sur un piton rocheux à 860 mètres d’altitude.

Il est séparé de la montagne par une large faille.

Il aurait été construit par les sires de Stein (La Roche) au XIIème siècle. Il protégeait les villageois du Ban de La Roche. Par la suite il a appartenu aux illustres familles De
Ribeaupierre et De Rathsamhausen. Il fut détruit en 1467 sur ordre de l'évêque de Strasbourg. Celui ci accusait de brigandage le seigneur des lieux, Gérothée de Rathsamhausen.
Voilà comment il se présentait à cette époque.

Aujourd'hui subsistent les vestiges du donjon et les restes croulant du logis. Il est équipé d'un escalier réalisé par le Club Vosgien. Pour accéder au donjon nous devons gravir 69
marches ! C'est la cerise sur le gâteau. Hopla Jean Pierre !

Du sommet du donjon, nous jouissons de l'une des plus belles vues de la journée sur le Ban de la Roche et la Haute Vallée de la Bruche et nous
comprenons la position stratégique de ce château fort.
La ruine du château de la Roche est un site d'escalade difficile, réservé aux bons grimpeurs.

Après une courte mais raide montée en lacets (encore une !), nous
atteignons un étroit sentier herbu qui longe la montagne,
puis descend (ouf).

Il nous conduit à un point de vue au Banguermont (724 m) d’où nous profitons d’une
très belle vue sur le Climont (700 m) qui est reconnaissable à sa forme géométrique en trapèze. A la vue de cette masse imposante, je suggère à Jean Pierre d’inscrire l’ascension du Climont
au programme de nos prochaines excursions. C’est d’accord. Nous en profiterons pour aller faire un coucou à Elodie (c'est ma fille ) qui habite au pied de la montagne avec sa petite
famille.
Nous empruntons un chemin empierré qui longe le Banguermont et qui descend
jusqu’à un chemin forestier. A la croisée des chemins nous partons sur la droite pour remonter au Bas Lachamp.
Au prochain croisement nous
prenons à gauche le chemin de La Boucherie. Nous sommes alors à 729 mètres d’altitude.
Avant de redescendre dans la vallée,
nous jetons un dernier regard vers le massif du Champ-du-Feu, au delà de Bellefosse.
Nous retrouvons les disciples de Nemrod avec lesquels nous faisons le bilan de la journée. Leur battue n'a pas été fructueuse. Ce n’est pas grave, car ils auront passé une belle journée en pleine nature comme nous, ce qui en soi, vaut déjà le déplacement. Et qui plus est, en bonne compagnie et dans une bonne ambiance.
Nous voilà partis pour attaquer « tout schuss » la descente vers la vallée de la Schirrgoutte.
Chemin faisant, nous croisons deux marcheuses qui descendent sur Fouday moyennant un crochet par Blancherupt.
C’est l’itinéraire de retour que j’avais prévu initialement, mais vu l’heure qu’il est, je suggère à mon compagnon de route d’aller au plus direct, c’est à dire de mettre le cap sur Waldersbach d’où nous remonterons au Col de la Perheux par le sentier Oberlin.
Nous quittons donc le chemin qui tourne vers la droite en préférant le sentier qui descend dans la forêt et nous emmène, entre bouleaux et fougères. Brusquement, les traces de cet ancien chemin se perdent. C’est là qu’il faut faire appel à son sens de l’orientation. Nous piquons donc à travers le sous bois. Une clôture électrifiée nous oblige à lever les jambes. Une fois, puis deux fois. Finalement, nous aboutissons à Waldersbach (650 m).
Un âne nous souhaite la bienvenue ce qui est l’occasion pour mon ami de me raconter une anecdote (une de plus) de son périple vers Compostelle.
Nous attaquons la Montée Oberlin (les chaînes y sont obligatoires en hiver, ce
qui veut tout dire).
Nous sommes obligés de tirer sur nos mollets. Nous ne mettons plus un pied devant l’autre, mais l’un au-dessus de l’autre.
A à ce moment là un vieux proverbe japonais me traverse l’esprit : « Avec un ami à ses côtés, aucune route ne semble trop longue »
Nous passons à côté d’un vieux moulin.
Nous admirons un cadran solaire, instrument silencieux et immobile.
Après quelques hésitations, nous décidons de contourner l’église par la gauche. Un plaque commémorative apposée sur un mur de l'église nous indique que la femme du pasteur Oberlin, morte à l'âge
de 36 ans, est inhumée à Waldersbach.
Nous voici devant le Musée Oberlin.
Le Musée Oberlin est le lieu de mémoire du pasteur Jean-Frédéric Oberlin qui a essayé de traduire la prédication de l'Évangile dans la pratique de la vie économique, sociale, culturelle et
politique du Ban de la Roche, symbolisant d'une part l'esprit du siècle des lumières avec sa volonté de progrès et donnant d'autre part l'impulsion au mouvement du Christianisme
social. Oberlin vécut à Waldersbach pendant 59 ans et y mourut en 1826. Il repose dans le petit cimetière du village voisin, Fouday.
Nous décidons de revenir un jour visiter ce musée.
Arrivés enfin tout en haut du village, il nous faut maintenant puiser dans nos dernières ressources pour remonter jusqu’au Col de la Perheux, et de là
gagner Solbach où nous attend notre voiture. Nous gravissons donc le Sentier des
Tilleuls. C’est raide, très raide même ! Nous nous arrêtons de temps en temps pour admirer les arbres centenaires. Cela nous permet de récupérer.

Nous parvenons enfin au Col de la Perheux. L’arbre solitaire et son petit banc sont toujours là. Une fois de plus nous passons à côté sans nous arrêter. « Mer hàn kei zitt » dit une petite voix au fond de nous-mêmes.
Il est 17 h 15 lorsque nous posons nos sacs à dos parterre et délaçons nos
godillots.
Certains doivent se demander ce que nous pouvons bien nous raconter tous les deux pendant une randonnée de plus de 7 heures.
Comme je l'ai déjà écrit, nos balades sont à mi-chemin de l'observation naturaliste et de la philosophie. Elles sont échange. Quand notre chemin est jonché de découvertes enthousiasmantes, nous
partageons nos émotions. Parfois notre marche se fait silencieuse. Dans ce cas, il ne reste que la nature qui nous entoure, l'oeil qui guette....et les pieds qui
avancent.