Marche et découvertes

Mercredi 3 mars 2010 3 03 /03 /2010 18:26

Les conditions météorologiques de ces derniers jours n’étaient pas engageantes. On a même eu droit à une tempête. Après avoir rongé mon frein pendant plusieurs jours, j’ai pris la décision de partir, profitant d’une accalmie annoncée par Météo France. J’ai longtemps hésité sur le choix de ma destination et sur le mode de déplacement : raquettes ou marche à pied ? Je me suis finalement décidé pour la marche et pour un sommet modeste, pas très connu, à l’écart des grands itinéraires, le Staufen (alt. 899 m), situé à l’embouchure de la vallée de Munster.

Me voilà donc parti pour La Forge dans la vallée de Munster, point de départ de ma randonnée.

Alors que je fais route, je pense à celui qui pendant plusieurs semaines m’a accompagné sur les sentiers des Vosges, de la Forêt Noire et de la Franche Comté. Il vient toujours un moment où il faut choisir ; nous avons, en définitive, fait des choix différents. Nous avons chacun choisi une autre voie, en toute liberté et en toute conscience. J’étais trop accoutumé à la solitude, trop épris d’indépendance. Lui s’apprête à partir pour Compostelle. J’admire profondément ceux qui entreprennent ce genre de périple. Peut-être pourrais-je les imiter. Cela est incertain. Je l’ai souhaité parfois, et puis très vite j’ai abandonné cette idée. Ce n’est pas qu’une simple affaire de marche.

Une première

Je n’étais jamais monté au Staufen auparavant. Pourtant, à chaque fois que je me suis rendu dans la vallée de Munster, sitôt passé St Gilles dominé par la tour de la Pflixbourg, mon regard était attiré par ce bastion boisé à la forme conique du haut duquel, me disais-je, on devait avoir une belle vue sur le fond de la vallée.

  Staufen 0927

Le Staufen vu de Wihr au Val

Me voici à pied d’œuvre, avec mes jambes impatientes et ma faim de découvertes. Il est 9h 30. La température est fraiche. Le soleil est légèrement voilé.

Je remonte la rue de la gare en direction de la maison forestière d’Aspach. Arrivé au bout de la ligne droite, je me retrouve sur la piste cyclable qui vient de Wintzenheim et qui va jusqu’à Metzeral.

A ce moment là, deux possibilités s’offrent à moi : soit je prends à gauche pour monter au Staufen par le vallon d’Aspach ou Aspachthal, soit je prends à droite pour rejoindre les Gigersburgenmatten ou Prés de Gigersbourg et monter au sommet du Staufen par le flanc ouest plus abrupt.

Mon choix se porte sur cette deuxième solution. Cela me permettra de faire une boucle. De ce fait, je suis obligé de suivre la piste cyclable sur un peu plus d’un kilomètre. Je suis les ronds bleus.

 Staufen 0898

 Vue sur la haute vallée de Munster. Sur la droite Wihr au Val et la Chapelle Ste Croix.

Après 1,131 km, je quitte le ruban bitumeux pour suivre un sentier qui longe un ruisseau. Sa musique m’accompagne. Il m’apprend que le temps s’écoule ainsi au rythme des prises.

 Staufen 0896

 « Les petits ruisseaux font les grandes rivières » (Ovide)

J’arrive à une croisée de chemins. J’ai le choix entre monter par la Croix des bûcherons ou par le Gigersbourg. J’opte pour la deuxième variante.

A la recherche du temps perdu

Un peu plus haut, je me retrouve à nouveau à la croisée de deux chemins : l’un monte à la Tête du Staufen, l’autre va à la Gigersbourg (c’est en tout cas ce qui est indiqué sur le panneau du Club Vosgien qui est apposé sur un arbre).

Pensant trouver une ruine, je prends à droite. Très vite je me retrouve au milieu d’une mêlée confuse d’arbres déracinés. Je dois me frayer un chemin à travers les branches qui se referment aussitôt sur moi. Un panneau posé à même le sol au pied d’un arbre me dirige vers une butte sur laquelle je monte en dehors de tout sentier.

 Staufen 0902

 Gigersbourg

Arrivé au sommet, je ne trouve la trace d’aucune ruine. Devait-il y en avoir une ? Peut-être ai-je été induit en erreur par le nom du lieu. Il m’est difficile de reconnaître un vestige de château-fort, ce que je suppose être des fossés et  fragments d’enceinte étant envahis par une végétation omniprésente.

En guise de réconfort j’aurais pu bénéficier d’un beau panorama sur la vallée. Mais non, les arbres me barrent l’horizon. Déçu, je m’apprête à redescendre de mon perchoir, quand, dans un renfoncement, j’aperçois une stèle. Je m’approche et me penche pour lire l’épitaphe. Elle rappelle le souvenir d’un humble qui, semble-t-il, a laissé ici sa vie.

 Staufen 0901

 In Memoriam

Je redescends donc jusqu’au chemin qui monte jusqu’au sommet du Staufen.

Vers la Tête du Staufen

Je me retrouve au fond d’un vallon, entre deux flancs de montagne qui lui dérobent le soleil et mangent la moitié du ciel.

Il  faut être très vigilant, car certaines parties sont moins bien balisées et demandent toute mon attention. Le chemin est encombré par endroits de troncs d’arbres et de branches. Il y a bien de temps à autre un disque bleu apposé sur un arbre. Quant aux signes peints sur les troncs des arbres ils sont à peine visibles. Autrement dit, il vaut mieux marcher le nez en l’air que parterre, faute de quoi on risque de louper un sentier qui monte à flanc de montagne. Après tout, si on a un tant soit peu le sens de l’orientation, il ne doit pas y avoir de problème.

Je suis à présent un sentier qui monte en oblique.  Je monte à travers une forêt de sapins et de hêtres.

 Staufen 0904

 On dit que « Tous les chemins mènent à Rome ». Celui-ci mène à la Tête du Staufen.

Alors que je prends de l’altitude, la vue s’ouvre sur le fond de la vallée.

Je perçois le bruit des camions qui sillonnent la départementale 417, ainsi que le vrombissement de la motrice du train TER qui dessert la vallée de Munster, entrecoupé aux passages à niveaux de son klaxon à deux tons.

 Staufen 0903


 Vue sur la haute vallée de Munster

Alors que les bruits de la civilisation ne me parviennent plus, le silence de la forêt est brusquement rompu par les cris rauques et perçants d’alarme d’un geai. Un peu plus haut, le tambourinage d’un pic noir résonne. C’est le chant de la forêt que seul le bruit du vent dans les branches des arbres vient couvrir. Il bourdonne dans les arbres. Voilà le vent qui court. Les bois dansent, les arbres s’ébrouent dans le vent.

 Staufen 0915

 Chantier en cours

Les derniers mètres

Un panneau indique « Refuge du Staufen » et un autre « Tête du Staufen ». Je vais suivre cette dernière direction. C’est parti pour une dernière grimpette.

La phase terminale de mon ascension est assez raide.

Pour agrémenter la chose, des arbres couchés par un vent violent, gisent en travers du chemin. Un fût abattu me barre la route. Je dois l’escalader car le contourner m’obligerait à monter ou à descendre à flanc de montagne.

 Staufen 0905

 Quand la marche devient gymnastique

La Tête du Staufen est enfin en vue. Comme tout se mérite, il me faut venir à bout d’un dernier raidillon avant de l’atteindre. Le sentier se raidit, prend des allures d’escalier, s’accroche à la pente uniforme. Il se fraie un passage entre les blocs de pierre. 

Au sommet

Il est exactement midi lorsque j’y parviens après 617 mètres de grimpée. Au loin, une sirène marque l’heure. La sensation que j’éprouve en sortant de la forêt est vivifiante. Une borne m’indique que je suis bien au niveau d’un point culminant.

 Staufen 0914

 La Tête du Staufen

Je suis sur une plateforme rocheuse. La vue est belle. Je peux lire une grande partie de la ligne de crêtes. Le regard porte jusqu’au fond de la vallée noyé dans les brumes laiteuses des montagnes enneigées.

Dès que l’on s’élève un tant soit peu, le paysage s’agrandit, les vallées se dessinent. Je prends alors conscience de ma petitesse face à l’étendue du paysage.

 Staufen 0909

 Panorama sur le Hohneck et le Gazon de Faing

Me voilà là-haut absolument seul. Solitude, ma compagne, que de sentiers n’avons-nous déjà suivis ensemble ?  

Un panneau apposé sur un arbre, semble évoquer  le souvenir d’un ami fidèle perdu à jamais.

 Staufen 0910

 En souvenir de Jenna

Sous les rochers, un abri de fortune a été aménagé.  

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 Abri

A quelques pas du sommet un petit oratoire grillagé contenant un crucifix est accroché à un arbre.

 

Staufen 0911


 Oratoire


Sous le sommet, des abris attestent de la position stratégique de ce sommet en d’autres temps.

 

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Vestige de guerre


Le retour

Je ne m’attarde pas. Je rejoins le GR 532 qui vient du Col de Marbach. Là encore, il me faut passer sous et par dessus les arbres couchés. Un vrai parcours du combattant surtout avec le sac sur le dos.

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 Parcours du combattant.

Vers l’est, la vue se dégage vers la Forêt Noire, au-delà de la plaine d'Alsace.

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 Vue sur le piémont des Vosges et la plaine d’Alsace

Je descends à présent jusqu’à la Staufenmatt (alt. 722 m).

Il y a là un refuge construit par le Club Vosgien de Wintzenheim. C’est un abri ouvert construit en 1927 sur l’initiative de M. Joseph Frick, Président d’Honneur du Club Vosgien de Wintzenheim. Il est équipé d’un poêle, de tables et de bancs. En face du refuge, une aire de pique nique a été aménagée.

Je suis à nouveau à la croisée de plusieurs chemins : l'un conduit au château de la Hohlandsbourg ; l'autre aux châteaux d' Eguisheim. Un panneau indique une source à 5 minutes.

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 Refuge du Staufen

J’y rencontre des marcheurs d’Issenheim accompagnés de leur chien, premiers êtres vivants rencontrés depuis mon départ. Nous sympathisons immédiatement. Ils habitent Issenheim mais sont membres du Club Vosgien de Ribeauvillé. Ils m’invitent à venir visiter leur refuge situé au pied du Taenchel. C’‘est promis, j’irai y faire un tour.

Coup de gueule

Je suis outré par l’amoncellement de détritus à côté du refuge. Il y a là un grand nombre de bouteilles vides et d’emballages en tous genres, tristes reliques de festoiements indignes. Mes amis de rencontre et moi sommes sur la même longueur d’ondes en ce qui concerne l’éducation et le respect de l’environnement. 

Mais le temps passe. Il faut repartir. Je me lève. Je salue mes amis de rencontre, et leur souhaite bonne route. Nous nous quittons sur un salut cordial. Je reprends ma marche.

Je prends la direction de la Maison Forestière d’Aspach. Je suis le chemin forestier de l’Ehrlecht. Sur ma droite, un ruisselet jaillit des entrailles de la montagne. Il chante gaiement un air de montagne en dévalant la pente.

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 Une source : un commencement qui n'a pas de fin 

J’arrive au carrefour de l’Etoile (alt. 600 m). J’admire des billes bien lisses et dorés, fièrement alignées au soleil comme si elles avaient conscience de l’importance qu’elles revêtent pour l’homme

Je continue par le chemin forestier des Chevreuils en suivant les ronds rouges. A travers les frondaisons je peux voir sur la droite, juchée sur les hauteurs, la station climatique des Trois Epis. Devant moi j’aperçois le village de Walbach. Un peu plus loin, un étroit sentier me permet de quitter le large chemin forestier. Il descend en serpentant à flanc de montagne. Il disparaît parfois, se perdant comme une eau sans force. Mes pas s’étouffent sur les feuilles mortes du sentier perdu.

J’arrive à la Maison Forestière d’Aspach.


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 Maison Forestière d’Aspach

De là part le Sentier botanique du Vallon d’Aspach. Un panneau indique que chaque année, depuis 1993, l’entretien de ce sentier botanique est assuré par des jeunes de l’Institut Médico - Professionnel de Colmar.

Des arbres plantés par les élèves des Ecoles primaires de Wintzenheim bordent mon chemin. Sur une petite plateforme un banc réalisé en 2004 par le Conseil Municipal des Jeunes de Wintzenheim, invite à la pause, offrant une belle vue sur le village de Walbach dominé par le Grand Hohnack.

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 Walbach au pied du Grand Hohnack

De là je me dirige vers La Forge. Sur ma droite, la tour de la Pflixbourg semble monter la garde à l’entrée de la vallée.

Il est 13 h 50 lorsque je regagne la gare de La Forge où m’attend ma voiture.

L’heure du bilan

De retour chez moi j’ai la curiosité de tapoter sur le baromètre pour voir la tendance. Je constate qu’il a chuté. En outre, un vent fort est en train de se lever. J’ai donc bien fait de partir aujourd’hui.

Au moment de rédiger cet article, je me trouve obligé de choisir parmi toutes les émotions dont j’ai fait moisson aujourd’hui, les plus fécondes, les plus vives.

Le Staufen est un sommet somme toute modeste par son altitude. Pourtant, une montagne, aussi modeste soit-elle, peut vous procurer des moments de bonheur. Le Staufen ne requiert pas aussi impérieusement le regard que le Grand Ballon ou le Hohneck, mais son charme tient à autre chose qu’à la beauté des formes. Il y a en lui je ne sais quoi de secret et de subtil que le hasard des circonstances ou quelque affinité permettent de saisir. Tout n’est pas dit entre nous ; je remonterai au Staufen, chargé plus d’attente que de souvenir.

Cherchant ce que cette journée m’a donné, je découvre, une fois encore, que c’est un sentiment de plénitude et d’équilibre ; cette sérénité, cette harmonie qui n’est rien d’autre que le sentiment d’un accord profond et intime avec la nature.

Pour moi, la marche n’est pas simple affaire de gymnastique. L’effort physique n’en est que le premier temps. Il faut aller ensuite au-delà, à l’essentiel. C’est alors que l’on comprend ce que le contact intime avec la nature peut apporter.

 

 

 

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Mardi 16 février 2010 2 16 /02 /2010 17:36

En hiver les gens disent : « Fermez la porte, il fait froid dehors ! » ou « Attention, n’attrapez pas froid ! ». Pour ma part, puisque l’hiver semblait bel et bien installé sur notre région, j’ai décidé d’en profiter et d’aller faire un tour sur le toit des Vosges, autrement dit au Grand Ballon. A moi le grand air ! 

 Grand-Ballon 0887

Une fois encore, j’ai décidé de partir seul. D’aucuns diront que je suis un inconscient. Est-ce bien raisonnable de partir ainsi tout seul en plein hiver. A vrai dire mon désir de monter là-haut a d’abord résisté aux premières attaques du bon sens. Mais j’ai eu beau chercher des raisons valables de ne pas y aller tout seul, celles que j’ai trouvées ne faisaient pas le poids face à mon enthousiasme.

Le fait est que les marches en groupe me laissent sur ma faim. Quant à faire route avec quelqu’un qui pense à haute voix que la nature est un livre de merveilles, je préfère lire ce livre silencieusement.

Grand-Ballon 0861

Lorsque je suis parti ce matin, il faisait – 11° dans le Sundgau.

Le point de départ de ma randonnée de ce jour se situe au Col Amic à 828 mètres d’altitude. L’accès au col est bien dégagé. 

Je gare ma voiture sur le parking aménagé. Juste à côté, se trouve une stèle érigée à la mémoire du Capitaine Paul Amic, tombé le 21 décembre 1915 à la tête de sa compagnie lors de l’assaut du Vieil Armand (Hartmannswillerkopf).

Grand-Ballon 0894

Il est 9 h 30 lorsque je me mets en marche. Le ciel est bleu. Un beau soleil inonde la montagne.

C’est une montée de 596 mètres de dénivelé qui m’attend. Certains déconseillent d’effectuer ce parcours en période hivernale quand le sommet est enneigé. Avec les raquettes cela ne devrait pas poser de problème. Certes il va falloir s’accrocher surtout avec toute la neige qui est tombé ces derniers jours. La première partie de mon parcours consiste à rejoindre le pied du sommet.

Je suis le GR 5 qui longe la route des crêtes en direction du Firstacker. Le chemin est assez vallonné. La neige couine sous mes pas.  

Grand-Ballon 0860

J’arrive au Col du Firstacker (alt. 950 m). Je suis à la croisée de plusieurs chemins mais on les devine à peine.

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J’aperçois sur ma droite, un peu en hauteur, en lisière de forêt, un petit oratoire. C’est la chapelle du Sudel. Elle a été érigée en hommage aux combattants tombés dans le secteur durant la première guerre mondiale.

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Ce haut-lieu a été en 1915 le théâtre de combats acharnés. C’est l’occasion de m’en souvenir.

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De là je monte dans la forêt. La végétation est endormie. Par endroits, le manteau neigeux est maculé de traces de présence animale. Sérénité, paix, sont les qualités de ce paysage hivernal. Rien de tel qu’un hiver pur, dur et glacé, qui ne propose rien d’autre que lui-même, sans mélange.

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A chaque contact, les arbres déversent sur moi la neige accrochée à leurs branches alourdies. A la sortie de la forêt je coupe la route et je continue en direction du Gerstacker.

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Je parviens à la ferme du Gerstacker. Il n’y a pas âme qui vive. Un calme immense l’entoure. La bâtisse sommeille dans une grande solitude, celle de l’hiver.

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Je profite du panorama. De l’autre côté de la vallée de la Thur se déroule la chaîne du Rossberg avec le Thannerhubel, le Rossberg, le Gsang et le Belacker.

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Le sentier se poursuit sur ma gauche pour contourner le sommet du Grand Ballon par le versant ouest et aboutir au col du Haag qui se trouve en contrebas du sommet.

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Je décide de monter tout droit à travers la chaume. A partir de là, plus de fléchage. L’étendue recouverte par la neige vierge est une invitation qu’il m’est difficile de refuser. Je décide de faire mon chemin pour moi-même, hors des traces existantes. J’invente mon chemin à mesure que je monte. J’ai l’impression d’être le premier à ouvrir sous mes raquettes la piste du sommet. Je suis comme un candidat à un examen qui cherche sa salle. Certes, dans ce genre de situation, il vaut mieux avoir le sens de l’orientation.

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La pente augmente. La multiplication des chutes de neige de ces dernières semaines ralentit considérablement mon allure. Malgré mes raquettes, je m’enfonce jusqu’aux mollets. Cela me fait de grosses et lourdes semelles à chaque fois que je ressors mon pied. 

Grand-Ballon 0871

Je longe le bois en contrebas de la route. Je suis obligé de zigzaguer entre les arbustes. Ce n’est pas facile. La progression est lente.

Grand-Ballon 0877

J’aboutis à une autre chaume. Après un replat, se profile devant moi le sommet du Grand Ballon autrefois appelé Ballon de Guebwiller. Il se dresse avec superbe vers le ciel. Je ne vois plus que lui. Tout naturellement, le désir impérieux d’y monter me saisit. Je devine que l’ascension va être rude vu l’épaisseur du manteau neigeux. Il ne s’agit pas d’une conquête, mais d’un aboutissement.

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Je gagne le pied du sommet. C’est là que les choses sérieuses commencent. La pente est raide. Certaines parties sont verglacées. Je monte aussi vite que je peux. Je sens mon cœur battre la chamade. Autrefois, j’allais plus vite, mais j’avais aussi plus d’impatience. Je m’y retrouve en fin de compte. Il suffit de prendre son temps ; c’est une chose que le temps m’a enseignée.  

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Je monte au Mémorial Redslob. Ancien président du Club Vosgien, Robert Redslob a su décrire avec une maîtrise sans pareille, le panorama que l’on découvre du haut de ce belvédère unique qu’est le Grand Ballon. 

Grand-Ballon 0884

De là je monte directement au sommet. Il est 11 h 47 lorsque j’atteins le plus haut sommet des Vosges (alt. 1 424 m). Devant moi, le radar de l’aviation civile œuvre de l’architecte Claude Vasconi : le Radôme. A droite, le monument des Diables Bleus.

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Ce monument a été érigé à la mémoire des Diables Bleus, nom donné aux chasseurs alpins qui ont laissé leur vie dans le massif vosgien pendant la première guerre mondiale. Le pauvre soldat semble pétrifié sur son socle.

Un vent glacial me saute au visage, griffe mes joues et cingle mon front. Des larmes perlent entre mes paupières plissées. Ma moustache se hérisse comme un rameau de sapin couvert de givre.

Je me réfugie derrière le monument des Diables Bleus pour boire une tasse de thé et avaler une barre de céréales. Ma halte est de courte durée. J’en profite pour mettre mon passe-montagne et enfiler mon anorak car j’ai un peu transpiré dans la montée avec toute cette neige.

Grand-Ballon 0880

Je continue jusqu’à l’extrémité du sommet balayé par le vent. Une profusion de sommets imbriqués les uns dans les autres se développe devant moi. En dessous, se trouve le Col du Haag avec sa ferme-auberge. A sa gauche le Storkenkopf, deuxième sommet le plus élevé du massif vosgien, et, en suivant la ligne de crête, le Hundskopf, et le Markstein.

Grand-Ballon 0881

A droite, en contrebas, j’aperçois l’hôtel du Grand Ballon tenu par le Club Vosgien. En toile de fond, on distingue le massif du Petit Ballon qui se dresse au-dessus de la vallée de la Lauch. La contemplation du paysage sera brève. D’autant plus qu’à présent le ciel a la mauvaise idée d’étendre un voile de nuages devant le soleil. 

Grand-Ballon 0882

Je bifurque à droite pour redescendre par le versant est et me mettre ainsi à l’abri du vent. Le soleil fait à nouveau son apparition. Je foule un tapis sur lequel brillent des milliers de minuscules cristaux. 

Grand-Ballon 0883

Arrivé au pied du sommet, je mets le cap sur le Gerstacker. Je choisis ma ligne de pente compte-tenu de l’épaisseur de la neige. Je laboure profondément le manteau neigeux. Emporté par mon élan, je bascule en avant et chute à plusieurs reprises. Je me retrouve allongé de tout mon long. Je me relève et m’ébroue de la neige qui me recouvre.

Parvenu à la ferme du Gerstacker, je redescends jusqu’au Firstacker dans le sens opposé de ma montée de ce matin.  

Grand-Ballon 0889

Puis, de là, je rejoins le col Amic dans un décor favori des contes et des légendes, aux frontières de l’irréel.

Grand-Ballon 0890

Il est 14 h 10 lorsque je retrouve ma voiture. Finalement, mon choix n’a pas été mauvais du tout. Les quelques heures vécues là-haut valaient la peine.

De retour chez moi, je m’installe sans tarder devant mon ordinateur mon consigner par écrit les faits marquants de cette journée. Après le temps de l’effort physique voici venu celui de l’écriture.

Il ne s’agit plus ici de crapahuter. Ecrire ne consiste pas à se défouler, à se dépenser physiquement. Il s’agit par les mots et les images à faire partager les moments vécus. J’essaye de me remémorer mes sensations, mes sentiments.

Grand-Ballon 0876

Ceci dit, il est clair que le chemin écrit n’a que peu à voir avec le chemin parcouru. Il y a des émotions qu’un clavier ne peut pas retranscrire. Mais « à quoi bon écrire alors, si ce n’est pour en conserver, pour en partager le miracle » (Jacques Lacarrière, « Chemin faisant » (Editions Fayard).   

C’est sûr, ce soir je dormirai d’un profond sommeil.

 

 

 

 

 

 

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Jeudi 4 février 2010 4 04 /02 /2010 17:57

Quand la neige recouvre la solitude du plateau jurassien d’une onduleuse nappe d’hermine et qu’il faut se tailler un chemin dans l’épaisse couverture moelleuse, alors il vaut mieux chausser les raquettes.

Après avoir avalé un copieux petit déjeuner, je prends la route en direction de la frontière suisse. Malgré la neige abondante qui est tombée ces derniers jours, je traverse le Sundgau sans encombre. Après avoir passé Winkel, je bifurque à gauche vers Lucelle. Arrivé en haut de la côte à 20 %, je m’arrête un court instant pour embrasser du regard les formes et les contours du paysage, enveloppés dans les draperies de la neige. Au premier plan le hameau de La Verrerie semble replié sur lui-même ; au fond, les Ordons (alt. 995 m) coiffés de leur émetteur TV.

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Arrivé à Lucelle, je gare ma voiture sur le parking de la Maison St Bernard. Après avoir mis mes chaussures ainsi que mes guêtres et avoir enfilé mon sac à dos sur lequel j’ai attaché mes raquettes, je me mets en route. Il est exactement 9h 50. La journée promet d’être belle.

Je longe le Relai de l’Abbaye, puis je traverse la frontière pour descendre jusqu’au déversoir de la Lucelle.

Je monte quelques marches pour accéder à la digue, puis je longe le lac. C’est une réserve naturelle sur laquelle veille la Fondation du Lac de Lucelle. En face, c’est le Ziegelkopf (alt. 748 m) avec à sa droite le Col du Noirval. Jusque là, la faible épaisseur de la neige ne justifie pas de chausser les raquettes.


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Arrivé au bout du lac, je prends le chemin forestier qui monte sur ma gauche en direction de Pleigne. Au début la neige n’est pas très profonde. De plus, d’autres marcheurs ont fait la trace. Mais plus je gagne de la hauteur, et plus la couche neigeuse s’épaissit.

A un détour du chemin, je profite d’une belle échappée sur le Jura alsacien. En contrebas, se trouve la Combe du Diable.


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Bientôt j’arrive dans une belle clairière dans laquelle se trouve une belle cabane en bois. C’est la Clairière des Geais (alt. 734 m). « Les Geais » est un sobriquet que l’on donne aux habitants du village de Pleigne. Un bel abri en rondins a été aménagé en lisière de forêt.


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Un panneau indique que cet abri a été réalisé par une classe de l’école des gardes forestiers de Lyss. L’abri et ses alentours ont nécessité plus de 800 heures de travail bénévole. Il a été inauguré le 15 août 2000. Merci à eux !

Les murs de la cabane sont garnis de nombreuses citations gravées sur des plaques en bois. Certaines d’entre-elles sont truculentes. Certaines sont même incisives.

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Je vous livre ci-contre l’une d’entre-elles qui me paraît être d’actualité.


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J’en profite pour faire une courte pause.

Puis je repars. Je chausse mes raquettes et m’élance à travers l’étendue blanche qui se déroule devant moi. La neige crisse sous mes pas. Arrivé au sommet de la côte, je profite de la belle vue sur la Plaine d’Alsace et les Vosges.


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Je monte jusqu’à la ferme de La Courtine (alt. 798 m). Les bâtiments engourdis de froid, ensevelis sous la neige, semblent somnoler. Tout est immobile et silencieux. Hommes et bêtes semblent être en hibernation. La fumée de la cheminée monte en tourbillons que le vent emporte.


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J’ai l’impression de traverser une campagne d’une morne solitude et d’étrangeté, une campagne d’une blancheur obsédante, hypnotique. La neige cristallise la lumière, diffuse une réverbération puissante et continue qui éblouit. 

Les clairs râclements d’une pelle à neige résonnent dans la cour de la ferme. 

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Me voilà à présent sur le plateau à près de 800 mètres d’altitude. Le soleil illumine généreusement le paysage. Je suis sur une centaine de mètres la petite route qui mène au village de Pleigne.

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A la hauteur des Champs du Chêne, je bifurque à droite, empruntant le sentier panoramique. Le chemin est caché par l’épais manteau blanc. Je traverse le plateau de Pleigne.


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Je longe une haie au bout de laquelle le sentier panoramique tourne à gauche. J’opte pour la droite. Je traverse les prés enneigés de La Morlatte. Je surplombe le bief de la Lucelle. En face, c’est La Joux l’Amour. Le paysage se déroule devant moi, impassible, immobile. J’ai l’impression que le temps s’est arrêté. Toute la nature semble noyée sous une chape minérale. Le ciel et la terre semblent rassemblés dans un même univers. Seuls les traits des arbres ressortent, comme tracés au fusain ou à l’encre de Chine, dans un camaïeu allant du noir au sépia, du charbon à l’ébène.


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Je longe le flanc sud du Truchet. J’avance dans la neige profonde, vierge de toute trace mis à part celles des animaux. Par endroits, le chemin est boursouflé de congères pareilles à des dunes. Ce sont autant d’obstacles qu’il me faut franchir. Malgré la neige accrochée aux branches des arbres, la forêt semble amaigrie et transparente. Sur l’autre versant, Les Grangeattes. Le paysage est empreint de sérénité.


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Je pénètre dans la forêt. Protégé du soleil par les arbres, la neige est lourde et épaisse. Je croise de nombreuses traces de bêtes. J’examine les empreintes et je tente de deviner l’humeur de l’animal au moment où il a laissé ses empreintes derrière lui. Etait-il en quête d’une maigre pitance ou cherchait-il à échapper à un prédateur ? 

Bientôt j’arrive au-dessus de la Côte de Mai. Un étroit sentier me conduit jusqu’au pied d’un rocher appelé « La Fille de Mai ». Il ressemble à une femme, d’où son nom. Les historiens prétendent que c’est un monument druidique. On peut voir une marche taillée dans la pierre. Peut-être pour y déposer des offrandes ?


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Je remonte jusqu’au chemin que je viens de quitter. Un peu plus loin, je trouve un banc qui invite à la pause. Mais la vue que l’on a de cet endroit sur Bourrignon et les Ordons, est partiellement cachée par la cime des arbres. Derrière moi, je constate que la clôture qui délimite la pâture a été ouverte. Elle donne accès au sommet du Truchet. Cela constitue un détour, mais cela doit valoir la peine. Ce n’était pas prévu au programme, mais la tentation est grande d’aller voir comment c’est au-dessus. Je décide donc de quitter mon chemin pour monter jusqu’au sommet du Truchet. La pente est raide et bien enneigée. Elle a été labourée par des sangliers. C’est impressionnant. En face, sur les flancs des Ordons, les alpages disputent les pentes aux forêts. A droite des Ordons, j’aperçois Les Plainbois, la ferme Bellevue et celle des Bruyères au-dessus de la combe du Cras de Vâ.

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Lorsque je parviens au sommet du Truchet (alt. 808 m), baigné de soleil, une intense émotion m’étreint. Je savoure cet instant comme une récompense. J’ai le sentiment que la nature s’est organisée pour m’offrir un spectacle qui me rend heureux d’être là. J’en profite pour m’accorder une courte pause. Des touffes d’herbe sortent çà et là. Je pose mon séant sur l’une d’entre-elles. Barres de céréales, chocolat et tisane sont au menu.

015

Je me saoule de soleil puis je redescends.


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Je descends par la Combe Juré (alt. 751 m). Par endroits, la neige fond. J’écoute l’eau sourdre de la terre, coulant en minces filets qui se précipitent vers le bas. 


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Parvenu au pied de la combe, au lieu-dit Le Moulin, une clameur m’accueille. Je suis à l’aplomb d’un élevage d’huskies. Ils hurlent en m’apercevant, mais leurs aboiements n’ont rien d’agressif ; j’ai plutôt l’impression qu’ils manifestent une envie de venir avec moi. Ils aboient par émulation, chacun se disant « si les autres aboient je fais pareil ».

Je prends à droite pour descendre jusqu’au bord de la Lucelle. Arrivé à un petit pont en pierre qui enjambe la rivière, je décide de déchausser mes raquettes car la neige n’est plus très épaisse à cet endroit.


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Je longe la Lucelle.

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Tout au long de son lit, des blocs de neige s’accrochent aux souches, aux troncs et aux branches.


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Un peu plus loin, un petit sentier monte jusqu’au pied des falaises. 

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Je passe devant des grottes qui ont été creusées dans les falaises.

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Je redescends par un sentier en balcon qui me mène jusqu’au lac de Lucelle.


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Je décide de longer le lac par la rive opposée à celle de ce matin. J’emprunte donc la passerelle en bois de 180 mètres de long, qui traverse une roseraie et évite de longer la route.

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Des panneaux didactiques enseignent la flore et la faune du site.


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Il est 14 h 20 lorsque le regagne le parking de la Maison St Bernard de Lucelle.

Après avoir déposé mon sac à dos et retiré mon anorak, je tape mes pieds pour enlever la neige collée à mes chaussures, je secoue le bas de mon pantalon et cogne les raquettes l’une contre l’autre. Puis, je m’installe confortablement dans ma voiture et je prends la route du retour.

Revenu chez moi, le ventre repu, je regarde les flammes danser dans l’âtre, lécher les bûches, et je repense à ces merveilleux moments passés dans l’ouate du plateau jurassien.

 

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Samedi 16 janvier 2010 6 16 /01 /2010 23:08

Pour cette nouvelle randonnée en raquettes, je suis monté au Climont dans la vallée de la Bruche.


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Le Climont est un sommet du massif des Vosges situé au sud-ouest du massif du Champ du Feu. Il culmine à 965 mètres d'altitude. Il est reconnaissable de loin à sa forme trapézoïdale. Il offre un point de vue exceptionnel sur les diverses vallées qui l'entourent. Son nom qui vient de sa forme clivée, souligne les pentes abruptes pour accéder au sommet. Il servait jadis de balise aux voyageurs.


Le point de départ de cette randonnée se situe un peu en contrebas du hameau du Climont, à une altitude de 666 mètres. Un épais brouillard enveloppe tout.

Cette fois-ci je ne suis pas tout seul. Je suis escorté par un animal à quatre pattes répondant au nom de Téquila. Alors que je suis en train de m’équiper, la chienne s’impatiente. Elle me jette un regard l’air de dire : « Dis, tu m’emmènes avec toi ?... ». Son regard me transperce, me sonde. Elle remue la queue, saute, trépigne. Son excitation me gagne. C’est un chien sympathique, infatigable, un montagnard hors pair. Elle aime grimper. L’un de ses ancêtres devait être un chamois. Elle est fine, élancée et déborde d’énergie. C’est un Malinois que ses maîtres surnomment « Chaussettes » à cause de ses pattes qui sont blanches aux extrémités. Ce n’est pas un chien bagarreur. Son truc c’est courir dans la nature, les grands espaces. C’est pourquoi nous formons un parfait binôme. Ce n’est pas la première fois que nous partons ensemble.

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Nous voilà donc partis. Téquila s’élance sur ses pattes …et moi sur mes raquettes. Alors que nous approchons du pied de la montagne, le soleil caresse la crête. Nous avons de la chance. Il faut en profiter.

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Nous longeons le flanc sud du Climont en direction de la source de la Bruche. Nous suivons un large chemin forestier tout d’abord à niveau constant, puis légèrement descendant. C’est un terrain idéal pour le ski de fond. Nous passons sous de grands arbres qui s’élancent majestueusement vers le ciel.

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Puis nous bifurquons sur notre droite. Immédiatement, le chemin se redresse. Nous gagnons très vite de la hauteur. Je connais bien ce chemin mais c’est la première fois que je l’emprunte en hiver.

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Nous suivons le GR 532 qui contourne la montagne. Un beau panorama se dévoile vers le sud ouest. En direction du col de Saales, dominant une pénéplaine, on devine les buttes du Voyemont, du Houssot, ainsi que les collines de l'Ormont.  

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Dominant la vallée du Hang qui forme une vaste clairière, la butte du Voyemont bien dégagée par l’érosion, a des airs de similitude avec le Climont.

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En-dessous, le hameau du Climont reste emprisonné dans la brume. Les sapins sont pris dans une gangue fine qui les a figés. Ils se serrent les uns contre les autres comme pour avoir moins froid.

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Nous contournons la montagne. Nous longeons à présent le versant nord.

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Au fur et à mesure que nous prenons de l’altitude, la couche neigeuse s’épaissit. Je suis apparemment le premier randonneur à fouler le blanc manteau de neige fraiche. Pas une trace. Le tapis est tout neuf. C’est un privilège, presque un honneur d’être le premier à pouvoir poser  l’empreinte de mes raquettes dans la poudreuse.

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Le plaisir que j’éprouve doit être semblable à celui qu’éprouve un skieur qui fait du hors piste et qui dessine des arabesques dans la neige vierge avec ses spatules. C’est une page blanche offerte à l’imagination. Ma trace qui la traverse est comme une écriture que d’autres neiges fraîches viendront effacer plus tard. Il y a là tout un symbole : celui de la fragilité des choses, mais aussi celui de leur éternel recommencement. 

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La neige est à présent si épaisse, que mes raquettes disparaissent dedans. Y a pas à dire, la marche en raquettes c’est physique. L’entrainement a beau m’avoir donné une bonne résistance, je donnerais cher pour avoir le punch de Téquila.

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Elle plonge dans la neige en brassant parfois jusqu’au poitrail. Quand je vois la puissance qu’elle peut développer, je suis consterné.

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Nous sommes dans un paradis blanc fait de silence et d’immobilité. Il y règne une splendeur indicible. C’est un ravissement. Contrairement à l’hiver des plaines, celui de la montagne est plus lumineux. Cela est dû avant tout à la neige. En plaine, le ciel est souvent gris et bas en hiver. La neige est un élément poétique. La montagne fait alliance avec elle.

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En proie à une certaine frénésie, je mitraille à tout va avec mon appareil photo. Malgré l’unité de la neige, les sujets sont multiples. Toutefois, aucune de mes photos ne pourra exprimer fidèlement l’ambiance particulière qui règne ici. Nous sommes au royaume de la neige. Elle impose sa couleur pourtant si changeante.

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En recouvrant tout, elle impose son unité à la variété du paysage. Pourtant, cette unité est faite d’une subtile diversité. Elle est faite de formes multiples en fonction du relief, des arbres, et de tout ce qu’elle revêt et épouse.  Les vents la façonnent. A la variété des formes succède la variété dans le temps.

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Tequila est aux aguets, les muscles saillants sous son poil superbe, prête à s’élancer dans la pente enneigée.

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Nous continuons à monter. Pas question de sortir le piquet de grève, car quel bonheur que d’être là dans ce décor exceptionnel. Du haut des gradins du Climont, la nature nous offre un merveilleux spectacle. La neige a du talent. Elle est habile à fabriquer l’insolite, le merveilleux.

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De temps en temps Téquila s’écarte du chemin. Un léger vent emplit ses narines d’odeurs de gibier. « Mmm…çà sent bon ! J’y vais ou j’y vais pas ?... ».« Téquila, cuisses de dinde, restes ici… » (encore un de ces surnoms que lui a donné son maître).

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Elle revient aussitôt vers moi au galop. Il n’y a pas lieu de s’inquiéter.

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Des stalactites ornent les rochers semblables à des tuyaux d’orgue.

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De ce côté ci, la vue est bien dégagée. Je scrute l’horizon aussi loin que porte mon regard. Devant nous s’étend la vallée de la Bruche semblable à un aber. On aperçoit au loin le Donon, tel un récif émergeant de l’océan.

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Au nord est, le massif du Champ du Feu dresse la tête au-dessus de la mer cotonneuse.

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En faisant ainsi le tour de cette butte, je perçois son isolement, son exposition au vent, notamment aux bises hivernales les plus froides. Il ne faut pas s’y méprendre : l’hiver en montagne peut être aussi dur qu’il est fascinant. Ceci explique l’importance du manteau neigeux dans lequel nous devons à présent évoluer. Pourtant, cette neige est vouée à un destin éphémère. Elle est condamnée à se transformer en eau cristalline, et plus bas, en gadoue. Ah, « la gadoue la gadoue »… ! Cela augmente d’autant le prix de ces instants d’émerveillement. Il faut se hâter de les goûter avec cette âme d’enfant émerveillé.

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Téquila ne semble nullement affectée par la froidure et l’épaisse couche de neige. Elle s’en donne à cœur joie. Elle galope joyeusement dans la neige, fait des bonds, princesse des  neiges. Elle me fait penser à cet animal imaginaire de bande dessinée créé par André Franquin, Marsupilami. « HOUBA HOUBA ! ». Elle me fascine autant qu’elle m’amuse.

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Le chemin se fait de plus en plus étroit, discret, intime. La neige est de plus en plus enveloppante. La forme même du chemin a totalement disparu sous cette couche molle, si épaisse que j’ai l’impression de la labourer. 

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Des traces trahissent la présence de gibier. Téquila ne sait plus où donner de la tête.

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Je suis obligé de ramper pour passer sous les branches de sapins qui plient sous le poids de la neige. J’ai beau me faire tout petit, de la neige s’échappe des branches et tombe dans mon cou. La neige est douce à regarder. Elle évoque la tendresse, mais son contact surprend.

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Tequila a moins de difficulté que moi. Elle se faufile allègrement sous les branchages, revenant vers moi pour voir si j’arrive. Elle a l’esprit d’équipe.

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Après un dernier passage sous un tunnel de branches enneigées, nous arrivons au sommet.

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C’est un replat sur lequel se dresse une tour en l'honneur de Julius Euting. Elle est dénommée populairement « tour Julius ». Cette tour panoramique de 17 mètres de haut, a été érigée en 1897 par la section de Strasbourg du Club Vosgien. Elle a été inaugurée en octobre 1897 par les autorités du Deutsches Reich. Elle comporte 78 marches.

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Une plaque commémorative en l'honneur de Julius Euting, célèbre orientaliste et président fondateur du Club Vosgien, est apposée à son entrée.

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On peut y lire ce même quatrain en allemand et en français.

Gennant bin ich der "Juliusturm",

Trotz biet'ich jedem Wettersturm;

Hochwacht halt ich im Wasgauland,

Mit ihm steh'ich in Gotteshand.

 

Tour "Julius", tel est mon nom,

Je brave les tempêtes en toute saison ;

Je veille sur les Vosges de mes hauteurs

Et confie notre sort aux mains du Seigneur !

 

Rénovée en 1986, la tour a malheureusement perdu sa table d'orientation. S’agit-il d’un acte de malveillance ?

A côté se trouve un petit abri en pierre. J’en profite pour passer  un coup de fil à la famille qui attend en bas pour les rassurer et leur dire où nous sommes. C’est bien utile parfois les portables, surtout en montagne.

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Nous redescendons par le flanc ouest. Le temps est en train de changer. Nous avons effectivement eu de la chance.

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Nous traversons un lieu meurtri qui porte encore les stigmates de la tempête du 26 décembre 1999. Des « chandelles » demeurent, telles des sculptures mémorielles. La forêt a été heurtée de plein fouet par les rafales venant de l’ouest. Aux dégâts provoqués par Lothar, se sont ajoutés, par la suite, ceux des scolytes (insectes attaquant les arbres affaiblis) et de la sécheresse de 2003. Selon les spécialistes, quand il y a un tel coup de tabac, les dégâts sont doublés dans les cinq ans suivants. Ça s’est confirmé. 

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Du flanc de la montagne jaillit un filet d’eau qui s’émiette en fines cascades qui descendent vers le Hang, formant plus bas la source de la Bruche. Des arbres dressent vers le ciel leurs fûts rectilignes comme s’ils voulaient transpercer les nuages.

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Après avoir fait le tour complet de la montagne, nous coupons en travers pour rejoindre un petit sentier abrupt. Compte-tenu du faible enneigement à cet endroit et de la forte déclivité, je préfère enlever mes raquettes et continuer sans. C’est moins risqué et çà va plus vite surtout pour descendre.  

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L'étroit sentier va nous ramener directement au hameau du Climont, et de là, en quelques enjambées, à notre point de départ. Chemin faisant, nous croisons deux jeunes femmes qui montent raquettes aux pieds. L’une d’elles me demande s’il y a du soleil en haut. Je lui réponds que le temps est en train de se gâter. Dommage pour elles. Au pied de la montagne, nous croisons un autre randonneur en train de chausser ses raquettes. Lui non plus n’aura pas la chance d’être au soleil. Il est près de 14 heures ; c’est tard pour monter là-haut.

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Pour nous, cette superbe balade touche à sa fin, le temps de traverser le hameau du Climont et de retrouver notre petite famille.

 

 

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Mardi 12 janvier 2010 2 12 /01 /2010 17:38

Quand la montagne revêt ses habits d’hiver, les allumés du godillot chaussent les skis ou parcourent les étendues neigeuses en raquettes à neige. Parti pour une randonnée en raquettes dans le massif du Petit Ballon à la rencontre de la nature, la vraie nature, je me suis retrouvé dans un décor de Grand Nord.

Ce matin, en me levant, j’étais en proie à l’excitation, stimulé à l’idée d’aller étrenner mes raquettes à neige. J’ai jeté mon dévolu sur le Petit Ballon (alt. 1 267 m) situé à cheval entre la vallée de Guebwiller et celle de Munster.

Me voilà donc parti pour une balade en solitaire dans l’univers immaculé de l’hiver. C’est l’occasion  pour moi de m’immerger dans les profondeurs du silence d’une nature endormie.

La montée au col du Boenlesgrab (alt. 865 m) se passe sans problème. La route a fait l’objet d’un gravillonnage. Je gare ma voiture sur le parking bien dégagé situé en face de la ferme-auberge. Il est désert.

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Une lumière claire comme une eau vive enveloppe tout le paysage. Le spectacle est féérique. Les arbres sont immobiles, figés. Rien ne bouge.

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J’ai l’impression d’entrer dans un monde neuf, monochrome.

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Après avoir chaussé mes raquettes flambant neuves, je prends la direction du Strohberg. La neige crisse délicieusement sous mes pas. Elle garde mes empreintes.

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Dès les premiers mètres, le chemin est bien enneigé. Une neige poudreuse décore les arbres.

Jusqu’à la Brudermatt, je pose mes pieds, ou plutôt mes raquettes dans les sillons laissées par un véhicule tout terrain.  Elles ne sont pas récentes mais elles sont encore bien visibles.

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Malgré la température négative, l’effort que je dois fournir me réchauffe. J’aime le froid mais pas le vent et ses griffes qu’il inflige comme autant d’aiguilles qui peuvent arracher des grimaces de douleur.

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A présent, plus de trace. Je suis obligé de faire la trace. Je ne suis pas habitué à cet exercice. Par endroits, il me faut traverser des congères qui se sont formées au gré du vent.

Avec l’altitude l’épaisseur de la neige augmente considérablement. La couche atteint à présent 20 centimètres. Alors que je progresse sur ce chemin qui n’en est plus vraiment un car il est recouvert d’un épais linceul blanc qui en cache les pourtours, je sens monter en moi une sorte de joie immense à la limite de l’euphorie. Je suis seul au milieu de cet univers blanc.

J’arrive à la ferme-auberge du Strohberg. Comme la plupart des fermes auberges des Vosges, elle est fermée en hiver. La voir ainsi, fermée, me procure une sensation de solitude, d’abandon. C’est le moment de faire une pause. Je m’abrite sous l’auvent pour me délester de mon sac à dos. J’avale une de ces formidables barres énergétiques et je me verse une tasse de tisane. Elle est tellement chaude que je suis obligé de mettre un peu de neige dans la tasse. 

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La pause a duré quelques minutes. Je reprends mon chemin en direction du Kahlerwasen. Arrivé à la croisée des chemins, je bifurque à gauche pour monter directement au sommet du Petit Ballon.  

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Je me glisse silencieusement dans la forêt blanche. La montagne semble engourdie, livrée au silence de l’hiver. Ce silence quasi religieux, me saisit. J’ai le sentiment de le profaner en me déplaçant dans la poudreuse, d’être un intrus.

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J’ai le sentiment d’entrer dans un monde étrange. Je regarde et j’écoute. Pas un bruit. Nul gazouillis. Pas même le chant d’une lointaine tronçonneuse. Il règne une atmosphère particulière, une froideur qui fait penser aux premiers matins du monde. C’est un temps sans odeur, sans parfum. Tout sommeille.

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Par endroits je dois me recroqueviller pour passer sous la voûte étincelante des branches. Ce ne sont pas les fourches caudines, mais un passage obligé pour accéder au sommet.

Parfois, des branches déversent sur moi de la neige dont une partie finit par entrer dans mon cou ; le contact de cette neige fraiche avec ma peau est prenant. C’est le prix à payer semble-il.

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La pente est raide, franche et courte. C’est le moment de relever les cales de montée de mes raquettes. Je grimpe droit entre les arbres figés comme des statues. Je suis impatient d’arriver au sommet.

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J’ai l’impression de me déplacer dans une église, allant de nef en nef, ébloui par cette lumière. En prenant de la hauteur je me rapproche du soleil qui joue à cache-cache derrière les nuages. Brusquement le ciel s’ouvre, les brumes se dissipent momentanément. C’est grandiose et un peu magique.

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Je me dis que la nature généreuse se donne bien du mal pour offrir un tel spectacle à qui sait profiter de ces quelques secondes suspendues, très brèves, très fugaces, mais assez fortes pour donner la sensation, à leur évanouissement, d’un profond regret.

A quoi cela servirait de crapahuter ainsi pour demeurer étanche aux générosités de la nature, aveugle aux offrandes du vent, et sourd aux désirs des saisons. Lorsqu’on parcourt la montagne, il faut savoir être disponible à tout ce qui nous entoure.

Parvenu sur la crête, je longe d’abord le flanc est, le plus abrupt.

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Je passe près des anciennes fortifications. Elles pourraient servir d’abri de fortune en cas de mauvais temps.

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Puis j’oblique vers la droite en direction du sommet du Petit Ballon.

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La neige scintille sous les rayons du soleil. Elle a l’apparence d’un tapis neuf, immaculé, qui n’a jamais servi, sinon peut-être, à un animal.

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La vierge est transformée en statue de glace. Le temps semble suspendu.

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Les arbres figés participent à la magie du lieu. Ils ont l’air engoncés dans leurs habits d’hiver, souffrant le martyr.

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Certains font penser à des êtres humains pétrifiés. D’autres, recouverts de neige et de glace, courbent l’échine semblables à des pénitents.

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Chaque instant est changeant et me révèle de nouvelles lumières. Certaines images parlent d’elles-mêmes.

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A travers les volutes blanches des nuages, je distingue en contrebas, le col du Rothenbrunnen.

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Les silhouettes évanescentes des sapins encapuchonnés de blanc apparaissent comme des soldats de carton-pâte montant la garde, droits dans leurs bottes.

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Plutôt que de descendre franchement jusqu’au col, je descends en oblique en dessinant des arabesques dans la neige. Il y a là près de 30 centimètres de neige fraiche. Malgré les raquettes, je m’enfonce profondément dans la poudreuse

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Derrière le voile de brume apparaît le refuge des Amis de la Nature reconnaissable de loin avec ses volets rouges.

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Parvenu au col, je remonte sur ma gauche, en travers d’un grand champ de neige bordé de sapins majestueux.

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Sur ma droite, la crête qui mène au Hilsenfirst et au Klintzkopf. Elle a l’ai bien enneigée, balayée par les vents.

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A ce moment là, arrive un compagnon à quatre pattes. Il me salue affectueusement, mettant ses pattes de devant sur moi et me léchant. Il est curieux ; il lève son museau, hume mon odeur. Je lui parle en le caressant ; il semble apprécier ma compagnie. Je lui demande de prendre la pose pour que je puisse le photographier. Il se roule alors dans la neige et se secoue vigoureusement. Puis il repart en courant à travers la neige profonde vers le Rothenbrunnen où j’aperçois un randonneur. Ce doit être son maître.

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J’entre à présent dans l’antre de la sapinière. Les sapins tamisent la lumière.      

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Lorsque j’en ressors, je me retrouve face à l’étendue blanche du flanc sud du Petit Ballon. Elle ne porte aucune trace. Je serai donc le premier à la traverser.

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Je descends lentement car le manteau neigeux est épais. Les bâtons de marche me sont d’une grande utilité. Je m’amuse à faire ma trace dans la poudreuse.

Alors que traverse ainsi l’étendue vierge, j’en viens à penser au premier terrien qui a foulé le sol de la lune. Quelles sensations il a du éprouver ! Quelle ivresse !

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Sur ma droite, la sapinière que je viens de traverser, barre l’horizon.

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Le froid enserre la montagne dans sa main de fer. La nature semble appeler la pitié.

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Tordus par le vent et habillés de glace, piquets et buissons ont des allures de sculptures éphémères.  

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De grands arbres semblent recouverts d’une cloche de verre. On dirait de grands candélabres. Il y a dans cette beauté hivernale comme un message caché.

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Arrivé au bas de la pente, je passe au-dessus de la Mullermatt dont les bâtiments se confondent avec le paysage. Je traverse une forêt meurtrie par la tempête du 26 décembre 1999. Elle  n’a, de loin, pas encore effacé tous les stigmates de Lothar. Des « chandelles » demeurent, telles des sculptures mémorielles.

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Je descends jusqu’à l’Auberge de la Jeunesse de la Dynamo. C’est une belle bâtisse en bois. Nombreux sont ceux qui s’y sont connus.

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Puis j’emprunte un étroit sentier qui descend en direction du col du Boenlesgrab. J’ai tout juste la place pour poser mes raquettes.

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La végétation est prise dans une gangue fine qui l’a figée. C’est un blanc qui n’est pas celui de la neige ; on voit à travers. C’est un blanc de cristal.

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Brusquement je perds la trace du sentier balisé. Je décide d’aller au plus direct. Je m’enfonce profondément dans la poudreuse. J’essaye de ne pas basculer en avant. Quelques rochers qui affleurent raclent mes raquettes. Les voilà bien étrennées ! Finalement je me retrouve sur un chemin bien marqué qui va me conduire au col.

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Des grands troncs fusent vers le ciel, gaufrés par la neige et le gel.

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Au sol, le manteau neigeux porte les traces de fuites furtives d’animaux que je n’ai pas pu surprendre bien que j’ai marché en silence ou le moins bruyamment possible. Dans leur quête de quelque nourriture, ils ont laissé leurs empreintes. Elles feraient le bonheur de Sherlock Holmes.

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De retour chez moi, je me repasse le film de cette journée faite de brumes, de nuages clairs et, par instants de trouées de ciel bleu, en me disant que cette marche aura été une traversée du silence.

L’effraction d’une parole bavarde était impensable aujourd’hui.

 

 

                                                                                                                                

 

              

 

 

 

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